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Dialogue du réconfort dans les tribulations St Thomas More par ami de la Miséricorde 2017-10-12 00:31:32 Imprimer Imprimer

XIX. DE L'EMPRISONNEMENT

(...) ANTOINE : Bien volontiers, mon cher neveu. Considérons d'abord ce qu'est l'emprisonnement, quelle est la nature de cette épreuve, cela nous aidera à ne pas en concevoir une telle frayeur ; car de soi-même, ce n'est qu'une diminution de la liberté, qui empêche un homme d'aller là où il le voudrait.

VINCENT : Oui, par Notre-Dame, mon oncle, mais il me semble que c'est bien plus pénible que vous ne le dites, car, en plus de la diminution de la liberté, cela comporte beaucoup de tourments.

ANTOINE : C'est vrai, mon neveu. Je n'oublie pas ces peines si pénibles, je ne les perds pas de vue. Mais, pour l'instant, je ne veux considérer que l'emprisonnement en lui-même, car il se peut qu'on soit enfermé, sans autre incommodité, sans être mis aux fers ou attaché par le cou, et on peut aussi, sans être en prison, avoir des boulets aux pieds ; c'est la condition des esclaves dans notre pays, de même qu'à Séville et au Portugal. Je ne veux pas prétendre que la douleur physique n'existe pas ; pourtant, puisque c'est à cause de ce genre de douleur que nous avons une telle horreur de la condition de prisonnier, il me semble que nous devrions nous rendre compte une fois de plus que notre répulsion est due en bonne partie à notre imagination. Rappelons-nous la condition de beaucoup d'autres gens dont nous envions la situation. Ne sont-ils pas soumis à des contraintes tout aussi cruelles que celles des prisonniers ? Considérons ces choses dans l'ordre. D'abord, les maux dont vous parlez ne sont pas particuliers à l'emprisonnement, puisqu'ils peuvent accabler des gens qui ne sont pas emprisonnés ; ils n'en sont pas non plus inséparables, puisqu'on peut être emprisonné sans avoir à les subir. Nous allons donc commencer par chercher quelle peine, quelle incommodité comporte l'emprisonnement de par sa nature propre. Ensuite, dans le cours de la conversation, vous pourrez à votre guise, vous exciter à la terreur en nous énumérant tous ces pénibles accidents.

VINCENT : Je regrette de vous avoir interrompu, car je vois que vous vous proposiez de procéder suivant un certain ordre. Je vous en prie, continuez. Je sais que l'emprisonnement peut être très différent suivant les cas, et que, appliqué avec le maximum de douceur, il est simplement chose très ennuyeuse.

Si un grand prince est fait prisonnier sur le champ de bataille par un roi chrétien, il est d'usage qu'en considération de sa condition, et en se représentant que les hasards de la guerre peuvent renverser la situation, il se peut, dis-je, qu'il soit traité avec la plus grande humanité. Quant aux infidèles, ils traitent souvent plus mal les grands princes que les pauvres gens. Quand Tamerlan (1) tenait prisonnier le Grand Turc, il le forçait à lui prêter son dos quand il montait à cheval. Mais comme j'avais commencé à vous le dire par l'exemple d'un prince fait prisonnier, si bénin que soit le traitement, si spacieuse que soit la prison, son sort est toujours pénible. Même si le prisonnier a le droit de se promener dans de beaux jardins, il lui sera humiliant de voir sa liberté restreinte par la volonté d'un autre homme.

ANTOINE : Vos observations sont très judicieuses et vous remarquez que l'emprisonnement, de par lui-même, n'est que la diminution de la liberté d'une certaine personne à l'intérieur d'un certain espace. (...)

Source : livres-mystiques.com

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde

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