LES DOCUMENTS DU FORUM CATHOLIQUE - MAI 2003 - NUMERO 1
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7 mai 2003

Enquête sur la planète catho lyonnaise
Les confidences de l’archevêque


Religion. Entre audace et classicisme, Mgr Philippe Barbarin est en train de devenir très populaire et surprend par la jeunesse de son tempérament et par son franc-parler.
 
 

Avec Mgr Barbarin, l’archevêché retrouve sa puissance
Les confidences de l’archevêque de Lyon
Le gouvernement Barbarin
Les incontournables du catholicisme lyonnais
Les cathos branchés et les cathos réacs

Avec Mgr Barbarin, l’archevêché retrouve sa puissance

     Religion. Entre audace et classicisme, Mgr Philippe Barbarin est en train de devenir très
     populaire et surprend par la jeunesse de son tempérament et par son franc-parler.

En huit ans, Lyon a perdu son archevêque à trois reprises : Albert Decourtray en 1994, Jean Balland en 1998 et Louis-Marie Billé en 2002. Quelques jours à peine après le décès de ce dernier, le père Emmanuel Payen lâche : “Il manque un pilote dans l’avion”. Depuis, en la personne de Mgr Philippe Barbarin, le diocèse de Lyon – 1,2 million de fidèles et près de 650 prêtres – semble avoir trouvé le commandant de bord qui lui faisait défaut. Huit mois après son arrivée, celui qui, en 1998, n’était encore que simple curé de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne) a, en effet, repris la maison en main. Le tout dans un style enlevé qui commence à faire de lui le chantre d’une nouvelle génération de prélats cherchant à dépoussiérer l’image du col romain. Amateur de Tintin, sportif, excellent communiquant et sensible aux détresses qui traversent la société, ce jeune archevêque de 52 ans surprend. À commencer par les prêtres du diocèse de Lyon. “Pour faire connaissance avec les prêtres d’une paroisse du 6e arrondissement, il leur a dit qu’il dînerait avec eux à l’issue de son footing et qu’il en profiterait pour prendre une douche chez eux. Pour un évêque, c’est pas banal”, nous a rapporté, amusé, un jeune prêtre.

     Et il surprend aussi les catholiques lyonnais en multipliant
     les contacts informels, les rencontres à la bonne franquette et les conversations à bâtons
     rompus. Dans cette logique, un peu comme le faisait Giscard, le nouveau primat des Gaules
     s’invite à dîner dans une famille catholique tous les vendredis soirs. Mais ce dynamisme et
     cette ouverture réelle sur les autres vont au-delà de sa communauté religieuse et l’homme est
     parvenu en quelques mois à s’imposer comme l’un des hommes forts de la vie publique
     lyonnaise : il a été l’avocat des sans-papiers qui ont occupé l’église de Saint-Nizier à
     l’automne et, durant le conflit en Irak, il a multiplié les prises de parole contre cette guerre.

     La maison catho va être remise en ordre
     Bien entendu Monseigneur ne fait pas l’unanimité, même dans son propre camp. Certains
     chrétiens lyonnais, toujours sous couvert d’anonymat, lui reprochent son côté un peu
     superficiel : “J’ai été très étonné qu’il ne me reconnaisse pas quelques mois à peine après
     avoir longuement discuté de mon vécu de prêtre lyonnais avec lui à l’archevêché. Mgr Billé,
     lui, se rappelait de votre visage et de votre nom un an après vous avoir ne serait-ce que
     croisé”. Plus politiques, les critiques de la revue lyonnaise Golias, sont assez incisives : “Si sa
     spontanéité est rafraîchissante, il ne faudrait pas que l’on assiste à un one-man-show. Il serait
     dommageable que ses actes et ses décisions ne soient le fruit que de sa propre pensée”. Mais
     même ce “Canard Enchaîné catho”, dirigé par Christian Terras, commence à infléchir son
     point de vue sur le patron de l’épiscopat lyonnais : dans son Trombinoscope des évêques
     2002, l’archevêque de Lyon est classé parmi les “intellos” et non plus parmi les “réacs” comme
     dans celui de 2001, ou il était décrit comme un “faux moderne. Espérons qu’il saura surmonter
     trois points négatifs qui nous inquiètent quelque peu : une orientation fortement
     néo-conservatrice, une fâcheuse tendance à se la jouer très “perso”, une vision cléricale du
     catholicisme”. De fait, Mgr Philippe Barbarin n’est pas un agité du goupillon et un
     révolutionnaire de la soutane. Il assume pleinement les options théologiques du prélat
     classique, dans la droite ligne de Jean-Paul II. Lors de son arrivée en septembre 2002, à la
     tête du diocèse de Lyon, il nous déclarait : “J’ai été formé dans la Tradition théologique et
     spirituelle catholique et je ne le cacherai pas. Si ça fait de moi un “réac”, tant pis. Je m’en
     fiche”. Aujourd’hui, sur la question de l’éventuelle nécessité d’ordonner des femmes en raison
     de la chute vertigineuse du nombre de prêtres, il est tout aussi catégorique : “Cela ne me
     semble pas possible. Nous ne pourrons jamais remettre en cause l’acte et le choix même du
     Christ” (Lire Entretien).
     Mais, si le débat théologique qui peut animer l’Église de Lyon sur tel ou tel sujet ne risque pas
     de trouver en Mgr Philippe Barbarin l’un de ses membres les plus audacieux, les dossiers qui
     pèsent sur le diocèse lyonnais depuis une dizaine d’années, eux, ont déjà trouvé leur maître.
     Dans l’entretien qu’il nous a accordé avec beaucoup de transparence, l’archevêque de Lyon se
     révèle un boss très au fait des comptes d’exploitation : l’important déficit du diocèse va être
     comblé d’ici cinq ans par une politique plus draconienne, l’imposant parc immobilier du
     même diocèse va s’alléger de quelques structures trop coûteuses. La maison catho est donc en
     passe d’être remise en ordre, y compris chez les quelques “communautés nouvelles” qui
     peuvent connaître des dérives sectaires. Quand à la formation des prêtres elle restera ouverte
     aux sciences humaines et aux questions de la modernité et ne succombera pas à la mode du
     repli identitaire comme cela peut être le cas dans d’autres diocèses de France.

     Le nouveau souffle de l’Église lyonnaise
     De quoi rassurer les chrétiens attachés à la tradition lyonnaise d’un catholicisme social
     compagnon de route des non-chrétiens et sur lesquels peut s’appuyer Monseigneur Barbarin.
     Le père Christian Delorme ou le père Bernard Devert sont des éléments moteurs du
     catholicisme lyonnais tout comme l’université catho de Lyon ou encore des lieux forts comme
     celui des jésuites du Châtelard ou ceux des dominicains de l’Agora-Tête-d’Or ou de l’Arbresle
     (Lire Les lieux phares du catholicisme lyonnais). Voilà un archevêque qui vient tout juste de
     poser ses valises et provoque un mini séisme dans le milieu catho qui commençait, sans se
     l’avouer, à s’ennuyer et perdait petit à petit ses repères. La maison à maintenant un patron qui
     devrait prendre encore un peu plus de galons dans les mois qui viennent, en étant nommé
     cardinal par Jean-Paul II. Et si son charisme se confirme et qu’il est apprécié par ses pairs, sa
     nomination à la tête des évêques de France risque également de venir un jour ou l’autre
     comme ce fut le cas pour Mgrs Decourtray et Billé. La Colline qui prie vit en ce moment son
     aggiornamento, et un nouveau souffle dont l’Église catholique lyonnaise avait besoin depuis
     près d’une décennie est en train de souffler entre les tours massives de la basilique de
     Fourvière.

     Jacques Tyrol
 
 

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Les confidences de l’archevêque de Lyon

     Entretien. Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon depuis huit mois, aborde pour Lyon
     Capitale les enjeux actuels de l’Église catholique lyonnaise. Sans langue de bois, il affirme
     avoir pris la mesure du diocèse
     et commencer à traiter les dossiers les plus sensibles.

     Lyon Capitale : Huit mois après votre arrivée à la tête du diocèse de Lyon, quelle perception avez-vous de l’Église
     catholique lyonnaise ?

Mgr Philippe Barbarin : Elle est très riche,très belle.
     Pleine de vitalités et de
     ressources. C’est une pionnière, hier comme
     aujourd’hui. Que ce soit dans les domaines
     du dialogue œcuménique, des missions ou
     de la catéchèse. Mais c’est également une
     Église qui souffre parce qu’elle a été
     blessée par les décès brusques de mes trois
     derniers prédécesseurs. Lorsque les gens
     me rencontrent, j’ai l’impression qu’ils se
     demandent : “Est-ce qu’il va tenir, malgré le
     rythme infernal de sa fonction ?” Je
     comprends ce questionnement car l’archevêché de Lyon est une charge très lourde, mais pour
     l’instant, je ne vais pas trop mal. Et surtout, je suis heureux de constater que le diocèse de
     Lyon peut compter avec une jeunesse chrétienne très vivante. Je sens qu’il y a une vraie
     attente spirituelle dans tous les groupes et toutes les paroisses. Je vois que beaucoup de
     chrétiens, de familles, remettent la prière au centre de leur vie. Vivement qu’on éteigne un
     peu les portables, la télévision ou Internet, afin de se tourner vers l’essentiel : l’écoute de la
     Parole de Dieu.
     Quant au clergé, ce n’est une surprise pour personne, il est vieillissant comme dans la plupart
     des diocèses de France. Mais l’Église ne se laisse pas guider par les statistiques, on n’y
     travaille pas “au kilo”. Il faut arrêter de s’occuper des courbes et des chiffres car notre mission
     est plus de relancer l’espérance que de faire des analyses sociologiques. Dans l’Évangile, on
     entend : “Aimez-vous les uns les autres”. Si l’autre est vieux, aimons les vieux. Dans le diocèse
     de Lyon, il y a beaucoup de musulmans. Aimons donc les musulmans.

     Depuis votre arrivée à Lyon, vous avez semblé soucieux d’assumer le rôle d’un
     ecclésiastique engagé dans la vie de la cité. Est-ce ainsi que vous voyez les choses ?

     Quand je suis revenu de Madagascar, j’avais perdu le fil, le contact avec la France. Je devais
     retrouver la société française. À Lyon, j’ai donc naturellement voulu aller à la rencontre des
     grands problèmes sociaux. D’autant plus que cette ville me semble avoir une place
     particulière en France pour l’accueil des immigrés et des pauvres. Certes, je ne suis pas
     d’abord un responsable civil. Ma mission première est de fortifier mes frères chrétiens dans la
     foi. Mais la vie des hommes, les problèmes sociaux me tiennent à cœur, et si l’on m’interroge,
     je ne me défilerai pas. Contre la guerre en Irak, je n’avais pas à attendre que l’on me consulte.
     Face à cette grande plaie dans l’humanité, il fallait prendre position.

     Vous ne craignez pas que votre engagement ne vous porte préjudice en donnant l’image
     d’un prélat fonceur et faisant peu de cas des nuances ou de la diplomatie ?

     Je ne suis pas à l’abri de cette critique. Il est même possible que, comme n’importe quel autre,
     dans ma fragilité, je craque physiquement ou psychiquement. On est fragile. Je suis très actif,
     c’est vrai. Activiste ? Dieu m’en garde ! Peut-être que je me balade entre les deux. Ce qui est
     vital, c’est l’enracinement spirituel. Quel que soit mon programme de la journée, tous les
     matins je commence par un long moment dans la chapelle. Quant à savoir si je ne risque pas
     d’agir en “solo”, il n’y a aucun souci là-dessus. Je suis dans l’Église de France, en relation
     étroite et régulière avec mes frères évêques.

     Parmi les dossiers brûlants pour le diocèse de Lyon, il y a celui de son important déficit. À
     combien s’élève-t-il et comment s’explique-t-il ?
     Ce déficit vient d’une politique pastorale réfléchie et compréhensible. Ces dernières années,
     elle a été la suivante : “Comme il y a de moins en moins de prêtres, on va embaucher des
     laïcs”. Or le coût, les charges financières ne sont pas les mêmes entre quelqu’un qui a des
     charges de famille et qui fait 35 heures et un prêtre. Dans la mesure où nous avons 11,65
     millions d’euros de dépenses pour 9,6 millions de recettes, le déficit du diocèse s’élève à 2
     millions d’euros. Je pense que d’ici cinq ans, notre décision devrait permettre d’arriver à un
     équilibre financier : nous diminuons chaque année de 2 % les dépenses, et nous espérons
     augmenter d’autant les recettes. En 2002, cela a fonctionné, le denier du culte ayant
     augmenté de 4 %. Dans la mesure où il représente 60 % de nos recettes, c’est important.
     Est-ce que ce sera la même chose l’année prochaine ? Il le faudrait. Enfin, nous ne pouvons
     plus faire d’embauches pour le diocèse. Nous n’avons pas le choix.

     L’imposant parc immobilier de l’Église de Lyon est un autre poids considérable pour le
     diocèse. En surface, à combien l’estimez-vous et allez-vous vendre certains biens ?

     Mgr Billé avait demandé un audit à l’association Apor pour le gros immobilier du diocèse. Une
     première phase – qui a consisté à faire l’inventaire du patrimoine du diocèse existant – vient
     de se terminer. Elle a révélé qu’on avait effectivement trop de locaux. En surface utile, nous
     avons 29 000 m2. Le tout réparti sur huit bâtiments : la maison épiscopale où nous sommes en
     location, le séminaire, etc. On est donc en train de revoir tout cela très rationnellement.
     Remettre aux normes coûte une fortune. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faudra pas le faire
     pour tel ou tel lieu. Nous devrons vendre certains lieux. C’est une décision à mûrir, et je ne la
     prendrai pas tout seul. L’Église nous donne des normes : pour tout bien supérieur à 140 000
     euros, je dois consulter le collège des consulteurs et pour tout bien supérieur à 1 400 000
     euros, il me faut son accord, et au-delà d’un certain seuil, il faut aussi celui de Rome.

     Dans le diocèse de Lyon, il y a également la présence de quelques communautés
     nouvelles qui posent des problèmes : statut flou, options théologiques pas toujours
     ouvertes sur le monde non chrétien et certaines tendances sectaires. Quelle va être votre
     attitude sur ce sujet ?

     Tout d’abord, il serait faux de dire que ces communautés ne s’intéressent pas aux problèmes
     sociaux. Certaines sont très engagées auprès des plus pauvres, des personnes en proie au
     fléau de la drogue par exemple. Ensuite, je tiens à dire que pour moi il n’y a pas les bons et
     les méchants. Mais il est vrai que certaines d’entre elles posent quelques problèmes. Jeunes,
     elles sont dynamiques, mais elles sont également fragiles. Au début, on est forcément un peu
     tout feu tout flamme, inexpérimenté, imprudent ou, pire, orgueilleux. Défauts qui n’existent
     pas seulement dans les communautés nouvelles ! Mais, pour l’Église, elles sont une grâce, un
     cadeau de Dieu. Nous devons donc les accueillir avec ce qu’elles ont de nouveau, tout en leur
     évitant les dérives auxquelles vous faisiez allusion.
     Ainsi, si dans l’ensemble elles ont déjà porté beaucoup de fruits à Lyon, il y a tout de même
     des choses à remettre en place avec certaines d’entre elles. Certains disent qu’il y a vingt ans,
     on leur a trop ouvert les portes du diocèse. Pour ma part, je ne souhaite pas de nouvelles
     arrivées pour le moment. Ma tâche est d’abord de faire une opération de clarté, un travail de
     discernement avec chacune d’elles, pour voir celles qui sont durables, solides, et celles qui
     n’ont pas d’avenir. Quand j’exigerai la fermeture de telle ou telle des douze communautés
     nouvelles du diocèse, ça plaira ou ça ne plaira pas, peut-être que cela libérera ou que cela
     fera mal. Mes critères de décision seront l’enracinement spirituel : la prière, la pratique des
     sacrements et non pas l’émotion affective. Il y aura aussi l’enracinement théologique et leur
     juste place dans l’Église. Je serai donc vigilant quant à leur intégration auprès des autres
     chrétiens du diocèse. Mais tout cela ne veut pas dire que nous n’en accueillerons plus jamais
     d’autres.

     À plusieurs reprises, vous avez exprimé l’idée selon laquelle, malgré la baisse
     considérable du nombre de prêtres, il n’était pas d’actualité d’ouvrir la prêtrise aux
     hommes mariés ou aux femmes. Il s’agit d’une prise de position doctrinale très classique
     qui tranche avec certaines de vos initiatives. Notamment lorsque, à Moulins, vous aviez
     reçu des prêtres qui avaient quitté le ministère pour se marier.

     En ce qui concerne l’ordination de femmes, il me semble que ce n’est pas possible. Nous ne
     pourrons jamais remettre en cause l’acte et le choix mêmes du Christ. Cela m’étonnerait que
     l’Église fasse autre chose que ce que Jésus lui-même a fait. On peut faire évoluer, et cela s’est
     déjà très souvent fait, tel aspect de la Tradition concernant le rapport aux sacrements, à la
     fréquence de la confession ou de la communion eucharistique. En revanche, on ne peut faire
     évoluer l’acte même du Christ.
     Pour répondre à votre question, si un jour nous n’avons plus de prêtre, il n’y aura tout
     simplement plus de messe. Nous ne serons pas les premiers. À Madagascar, tous les prêtres ont
     été chassés à la fin du XIXe siècle, les chrétiens n’allaient donc plus à la messe. En Corée,
     l’Église a vécu pendant deux cents ans sans prêtres. Les gens ont baptisé leurs enfants, priés
     chez eux tous les jours, et ils ont attendu. Si nous sommes spirituellement trop assoupis pour
     que des gens aient envie de tout quitter pour devenir prêtres, nous ferons malheureusement
     sans. Ce sera une épreuve, mais cela ne nous empêchera pas d’être chrétiens. La grâce de
     Dieu ne nous abandonnera jamais.

     Sur la question du millier d’intégristes que compte le diocèse, Mgr Billé ne voulait pas
     entendre parler d’un rapprochement avec l’Église de Lyon. Et vous ?

     Je ne sais pas si ces mots définissent avec justesse la position du cardinal Billé. Pour ma part,
     je n’ai eu aucun contact avec les intégristes de Lyon. Ils ne se sont pas manifestés. À Moulins,
     j’ai attendu deux ans avant qu’ils ne le fassent. À Lyon, je sais qu’il y a une messe intégriste,
     mais je ne sais pas où. De toute façon, ils ne sont pas sous mon autorité puisque, depuis 1988,
     il y a eu une séparation avec l’Église catholique. Sur cette question, comme sur beaucoup
     d’autres, je me sens proche de Mgr Billé.

     Vous avez pris position contre la guerre en Irak. Quand vous entendez des responsables
     politiques comme George Bush, proche des chrétiens fondamentalistes américains, faire
     appel à Dieu pour gagner une guerre, vous devez avoir les cheveux qui se dressent sur
     la tête ?

     “Dieu m’ayant dit ceci, je fais cela”, c’est un raisonnement très dangereux, une erreur profonde.
     Je suis pour que toute décision provenant d’un homme politique chrétien soit prise dans la
     logique de sa foi, et non dans l’illusion que “c’est Dieu qui m’a dit que”. Il est inadmissible de
     dire : “C’est la guerre de Dieu”, ou quelque chose de semblable.

     Propos recueillis par Jacques Tyrol
 
 

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Le gouvernement Barbarin

     Archevêque de Lyon
     Mgr Philippe Barbarin

     Évêques auxiliaires
     Mgr Thierry Brac de la Perrière, vicaire général. Sorte de Premier ministre de l’archevêque qui
     a pour mission de gérer avec ce dernier l’ensemble des dossiers du diocèse.
     Mgr Hervé Giraud. Il va se voir confier, dans les prochains mois, la responsabilité de dossiers
     précis.

     Vicaire judiciaire
     Mgr Maurice Bouvier. Selon le droit canon, il intervient surtout lorsqu’il y a une demande
     d’annulation de mariage, la demande d’un prêtre qui souhaite retrouver l’état laïc, un conflit
     entre un curé et l’évêque et pour conseiller ce dernier sur les questions juridiques qui se posent
     au diocèse.

     Chancelier
     Père Paul Foret. Il valide tous les décrets officiels du diocèse. Exemple : celui qui entérine la
     création d’une nouvelle paroisse. Il est responsable du sceau du diocèse.

     Économe diocésain
     Monsieur Laurent Charignon. Ce laïc vient du diocèse de Nantes où il occupait la même
     fonction. Employé à plein temps.

     Cabinet de l’archevêque
     Père Georges Decourt, directeur de cabinet. Une nouveauté depuis la semaine dernière. Il est
     notamment chargé de mission au Grand Lyon et travaille avec deux secrétaires particuliers : le
     père Francisque Bruel et Danielle Waguet qui était déjà secrétaire de Mgr Barbarin quand
     celui-ci était évêque de Moulins.

     Conseils
     Conseil épiscopal. Ce sont les plus proches conseillers de l’archevêque. Aux côtés de Mgr
     Barbarin se trouvent 8 personnes : les 2 évêques auxiliaires, 3 archidiacres (responsables des 3
     zones géographiques du diocèse), 1 diacre permanent (laïc ordonné diacre) et 2 femmes
     laïques.

     Conseil presbytéral. Cette instance est composée de prêtres élus pour une part par leurs
     confrères et de prêtres nommés par Mgr Barbarin pour une autre part. Il conseille l’évêque sur
     la vie des prêtres et sur les dossiers importants du diocèse. Il est composé d’environ 60
     personnes.

     Collège des consulteurs. Les consulteurs sont nommés par l’archevêque. Ils sont chargés, en
     cas de décès de celui-ci, de désigner l’administrateur du diocèse et sont consultés lors des
     importantes transactions immobilières, ou lors de la création ou de la suppression d’une
     paroisse. Les 9 personnes qui ont été désignées par Mgr Billé restent à confirmer par Mgr
     Barbarin.

     Conseil diocésain pour les affaires économiques. Il est composé d’une dizaine de personnes,
     aussi bien prêtres que laïcs.

     Conseil diocésain du diaconat. Il veille à formation et à la nomination des 50 diacres
     permanents du diocèse.

     Conseil diocésain de la vie religieuse. Il est chargé de suivre les 2000 religieux et religieuses
     du diocèse.

     Conseil diocésain de pastorale. Sa constitution est éventuelle. Actuellement, il y a un débat
     sur son utilité pour le diocèse.

     En plus des personnes qui travaillent dans tel ou tel conseil diocésain, une quinzaine de
     personnes salariées en permanence et plus d’une vingtaine de bénévoles travaillent pour
     l’archevêché de Lyon.
 
 

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Les incontournables du catholicisme lyonnais

Christian Delorme
     On l’appelle le “curé des Minguettes”
     Dans les années 1980, le père Christian
     Delorme est une référence en matière de
     dialogue avec les jeunes des banlieues
     lyonnaises qui commencent à se faire
     entendre. En lien avec des familles
     d’origine maghrébine, celui que l’on
     surnomme alors le “curé des Minguettes”
     joue, avec d’autres, un rôle de médiation
     avec une République inquiète. Il aide cette
     jeunesse à se faire entendre de manière
     non violente. “Depuis des années, je voyais
     les malentendus entre de nombreux jeunes
     et la police. Je voyais que la violence
     démarrait souvent pour des bêtises”, se
     rappelle-t-il aujourd’hui. Très présent sur les
     quartiers, il suit le mouvement SOS
     Racisme, travaille sur la question de
     l’intégration et essuie les plâtres du
     dialogue inter-religieux. Vingt après, le père Christian Delorme est encore l’une des figures
     catholiques lyonnaises les plus connues et les plus audacieuses. Aujourd’hui curé de Gerland,
     il approfondit ce dialogue quotidien entre catholicisme et islam. Sans langue de “buis” : “Ce
     n’est pas facile car, par nature, le christianisme et l’islam sont un peu devenus concurrents
     dans la mesure où le second demande à avoir part entière à la table de la République”.

     Bernard Devert
     L’art de loger les plus démunis
     D’abord promoteur immobilier tout ce qu’il y a de plus classique, Bernard Devert, devenu père
     Bernard en 1987, est resté un homme d’action. En avance sur son temps, il fonde l’association
     “Habitat et Humanisme” au milieu des années 1980, en vue de bâtir une ville à visage
     humain. “Un homme/Un toit”, mixité sociale et économie de partage sont les trois principes de
     cette association qui engage aujourd’hui quelque huit cents bénévoles. Ce prêtre expert en
     politique sociale du logement est également, depuis 1994, aumônier au centre anticancéreux
     Léon-Bérard de Lyon. Mais le Lyonnais Bernard Devert n’est pas qu’un homme d’action. Il est
     également homme de spiritualité. Quand le nouvel archevêque de Lyon, Mgr Philippe
     Barbarin, décide en mars dernier de rétablir les conférences de Carême destinées à aider les
     catholiques lyonnais dans l’approfondissement de leur foi avant Pâques, c’est à lui qu’il fait
     appel.

     Henri Denis
     Expert au concile Vatican II
     Lors du concile Vatican II (1962-1965), le père Henri Denis joue le rôle “d’expert”. Au sein de
     cette assemblée de 2 400 prêtres dont l’objectif est de réformer l’Église catholique sur des
     pans entiers de sa Tradition, le théologien lyonnais, lui, planche surtout sur la question du
     ministère du prêtre. Âgé aujourd’hui de 81 ans, cet intellectuel qui a été pendant près de
     quarante ans professeur de théologie à la faculté catholique de Lyon, tape du poing sur la
     table en 1988. Suite à une proposition d’entente faite par Vatican II à Mgr Lefebvre – chef de
     file de ceux qui exècrent le catholicisme moderne défini par le concile –, Henri Denis lance
     l’idée d’une association de prêtres “pour assurer la fidélité à Vatican II et soutenir les évêques
     en ce sens”. Il ne tarde pas à être entendu : cette association prend le nom de “Jonas” et près
     de 1 500 prêtres en deviennent membres. Mais, de tout cela, il ne souhaite pas parler : “Je
     préfère rester dans l’ombre. Je ne suis pas fait pour passer pour une vedette” dit-il.
 
 

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Les cathos branchés et les cathos réacs

     Lieux. À Lyon, plusieurs institutions catholiques ont une réelle aura en raison de leur
     capacité à dialoguer avec le monde contemporain. A contrario, certaines communautés
     catholiques lyonnaises, estimant que le monde ne vit que dans le péché, constituent des lieux de repli identitaire.

Dans un panorama du Lyon catholique, ce
     sont des lieux d’influence. De nombreux
     chrétiens et non chrétiens en provenance
     de la France entière et, parfois du monde
     entier, s’y pressent. Leur souci de vivre la foi
     chrétienne, de la discuter, de dialoguer
     avec la modernité ou la différence – sans
     prosélytisme – explique qu’ils aient une
     audience certaine dans le monde
     contemporain.
     Pour les jésuites qui occupent, depuis
     1929, le centre spirituel du Châtelard, situé
     à Francheville, le rayonnement sur la ville
     de Lyon ne date pas d’aujourd’hui. François
     Varillon, l’un de ses anciens supérieurs,
     décédé en 1978 et ami de Paul Claudel,
     fut l’un des conférenciers catholiques les
     plus écoutés du XXe siècle. Son incessante
     plaidoirie pour “l’amour que Dieu éprouve
     envers l’homme”, liée à un humanisme réconcilié avec le monde moderne, a beaucoup
     compté dans la popularité de ce centre spirituel lyonnais. Aujourd’hui, annuellement, Le
     Châtelard voit passer près de 7 000 personnes à la recherche d’un accompagnement pour
     prier, approfondir leur foi chrétienne ou poser un choix de vie avec recul.
     Avec les dominicains, Lyon possède deux autres communautés de religieux qui comptent
     parmi les lieux catholiques dynamiques du diocèse. Construit par l’architecte Le Corbusier, à
     la fin des années 1950, le célèbre couvent de La Tourette, à L’Arbresle, est devenu, peu après
     mai 1968, un lieu de rencontre majeur entre la théologie chrétienne et la pensée
     contemporaine, avec son centre Thomas More. “Pour les Dominicains, il est essentiel d’être en
     connivence avec leur siècle et d’avoir les mêmes mots que lui pour qu’on puisse, avec nos
     semblables, s’écouter, se parler et se comprendre”, affirme le frère Jean-Pierre Olivier. Tous les
     ans, des milliers d’architectes du monde entier se rendent à La Tourette pour travailler. À
     quelques pas de la Part-Dieu, une autre communauté de dominicains anime, depuis 1988, un
     centre de conférences. Lieu catholique, L’Agora-Tête d’Or “cherche à devenir une forme de
     place publique où chrétiens et non chrétiens puissent se pencher ensemble et en toute
     démocratie sur les questions qui nous habitent tous”, explique Philippe Jaillot, prieur du
     couvent.
     Parmi les hauts lieux catholiques lyonnais, “la Catho” est le plus ancien. L’université
     catholique de Lyon a, en effet, été créée en 1875. Aujourd’hui, elle accueille 9 500 étudiants
     répartis dans cinq facultés et cinq écoles professionnelles. À travers des conférences et des
     colloques, elle est l’une des plaques tournantes du débat et de la recherche sur les grandes
     questions de société : dialogue inter-religieux, éthique, droits de l’homme, etc.
     À côté de ces importantes institutions, le Lyon catholique contemporain compte deux médias
     qui ne sont pas à négliger. Créée en 1985 par Christian Terras, la revue Golias qui se définit
     comme “l’empêcheur de croire en rond”, n’est pas toujours appréciée par les catholiques. Loin
     de là même. Son travail d’investigation sur des sujets sensibles lui vaut souvent d’être raillée
     par un milieu qui n’aime guère que ses problèmes ou difficultés soient rendus publics. Mais si
     les catholiques ne goûtent pas toujours le ton du Villeurbannais Golias, ils sont plus nombreux
     qu’ils ne le croient à lire sa littérature. Dans un tout autre genre, sur la colline de Fourvière,
     Radio chrétienne en France (RCF) ne cesse, elle aussi, d’augmenter son audience depuis sa
     création en 1982. Elle le doit, entre autres, à l’évolution qui est la sienne depuis une dizaine
     d’années en faveur de plus de pluralisme.

     Jacques Tyrol
 
 

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Source : LYON CAPITALE n° du 17 mai 2003

 
 
 


 

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