7 mai 2003
Enquête
sur la planète catho lyonnaise
Les confidences de l’archevêque
Religion. Entre audace et classicisme, Mgr Philippe
Barbarin est en train de devenir très populaire et surprend par
la jeunesse de son tempérament et par son franc-parler.
Avec Mgr Barbarin, l’archevêché retrouve sa puissance
Religion. Entre audace et classicisme, Mgr
Philippe Barbarin est en train de devenir très
populaire et surprend par la jeunesse de
son tempérament et par son franc-parler.
En huit
ans, Lyon a perdu son archevêque à trois reprises : Albert
Decourtray en 1994, Jean Balland en 1998 et Louis-Marie Billé en
2002. Quelques jours à peine après le décès
de ce dernier, le père Emmanuel Payen lâche : “Il manque un
pilote dans l’avion”. Depuis, en la personne de Mgr Philippe Barbarin,
le diocèse de Lyon – 1,2 million de fidèles et près
de 650 prêtres – semble avoir trouvé le commandant de bord
qui lui faisait défaut. Huit mois après son arrivée,
celui qui, en 1998, n’était encore que simple curé de Bry-sur-Marne
(Val-de-Marne) a, en effet, repris la maison en main. Le tout dans un style
enlevé qui commence à faire de lui le chantre d’une nouvelle
génération de prélats cherchant à dépoussiérer
l’image du col romain. Amateur de Tintin, sportif, excellent communiquant
et sensible aux détresses qui traversent la société,
ce jeune archevêque de 52 ans surprend. À commencer par les
prêtres du diocèse de Lyon. “Pour faire connaissance avec
les prêtres d’une paroisse du 6e arrondissement, il leur a dit qu’il
dînerait avec eux à l’issue de son footing et qu’il en profiterait
pour prendre une douche chez eux. Pour un évêque, c’est pas
banal”, nous a rapporté, amusé, un jeune prêtre.
Et il surprend aussi les catholiques lyonnais
en multipliant
les contacts informels, les rencontres à
la bonne franquette et les conversations à bâtons
rompus. Dans cette logique, un peu comme le
faisait Giscard, le nouveau primat des Gaules
s’invite à dîner dans une famille
catholique tous les vendredis soirs. Mais ce dynamisme et
cette ouverture réelle sur les autres
vont au-delà de sa communauté religieuse et l’homme est
parvenu en quelques mois à s’imposer
comme l’un des hommes forts de la vie publique
lyonnaise : il a été l’avocat
des sans-papiers qui ont occupé l’église de Saint-Nizier
à
l’automne et, durant le conflit en Irak, il
a multiplié les prises de parole contre cette guerre.
La maison catho va être remise
en ordre
Bien entendu Monseigneur ne fait pas l’unanimité,
même dans son propre camp. Certains
chrétiens lyonnais, toujours sous couvert
d’anonymat, lui reprochent son côté un peu
superficiel : “J’ai été très
étonné qu’il ne me reconnaisse pas quelques mois à
peine après
avoir longuement discuté de mon vécu
de prêtre lyonnais avec lui à l’archevêché. Mgr
Billé,
lui, se rappelait de votre visage et de votre
nom un an après vous avoir ne serait-ce que
croisé”. Plus politiques, les critiques
de la revue lyonnaise Golias, sont assez incisives : “Si sa
spontanéité est rafraîchissante,
il ne faudrait pas que l’on assiste à un one-man-show. Il serait
dommageable que ses actes et ses décisions
ne soient le fruit que de sa propre pensée”. Mais
même ce “Canard Enchaîné
catho”, dirigé par Christian Terras, commence à infléchir
son
point de vue sur le patron de l’épiscopat
lyonnais : dans son Trombinoscope des évêques
2002, l’archevêque de Lyon est classé
parmi les “intellos” et non plus parmi les “réacs” comme
dans celui de 2001, ou il était décrit
comme un “faux moderne. Espérons qu’il saura surmonter
trois points négatifs qui nous inquiètent
quelque peu : une orientation fortement
néo-conservatrice, une fâcheuse
tendance à se la jouer très “perso”, une vision cléricale
du
catholicisme”. De fait, Mgr Philippe Barbarin
n’est pas un agité du goupillon et un
révolutionnaire de la soutane. Il assume
pleinement les options théologiques du prélat
classique, dans la droite ligne de Jean-Paul
II. Lors de son arrivée en septembre 2002, à la
tête du diocèse de Lyon, il nous
déclarait : “J’ai été formé dans la Tradition
théologique et
spirituelle catholique et je ne le cacherai
pas. Si ça fait de moi un “réac”, tant pis. Je m’en
fiche”. Aujourd’hui, sur la question de l’éventuelle
nécessité d’ordonner des femmes en raison
de la chute vertigineuse du nombre de prêtres,
il est tout aussi catégorique : “Cela ne me
semble pas possible. Nous ne pourrons jamais
remettre en cause l’acte et le choix même du
Christ” (Lire Entretien).
Mais, si le débat théologique
qui peut animer l’Église de Lyon sur tel ou tel sujet ne risque
pas
de trouver en Mgr Philippe Barbarin l’un de
ses membres les plus audacieux, les dossiers qui
pèsent sur le diocèse lyonnais
depuis une dizaine d’années, eux, ont déjà trouvé
leur maître.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé
avec beaucoup de transparence, l’archevêque de Lyon se
révèle un boss très au
fait des comptes d’exploitation : l’important déficit du diocèse
va être
comblé d’ici cinq ans par une politique
plus draconienne, l’imposant parc immobilier du
même diocèse va s’alléger
de quelques structures trop coûteuses. La maison catho est donc en
passe d’être remise en ordre, y compris
chez les quelques “communautés nouvelles” qui
peuvent connaître des dérives
sectaires. Quand à la formation des prêtres elle restera ouverte
aux sciences humaines et aux questions de
la modernité et ne succombera pas à la mode du
repli identitaire comme cela peut être
le cas dans d’autres diocèses de France.
Le nouveau souffle de l’Église
lyonnaise
De quoi rassurer les chrétiens attachés
à la tradition lyonnaise d’un catholicisme social
compagnon de route des non-chrétiens
et sur lesquels peut s’appuyer Monseigneur Barbarin.
Le père Christian Delorme ou le père
Bernard Devert sont des éléments moteurs du
catholicisme lyonnais tout comme l’université
catho de Lyon ou encore des lieux forts comme
celui des jésuites du Châtelard
ou ceux des dominicains de l’Agora-Tête-d’Or ou de l’Arbresle
(Lire Les lieux phares du catholicisme lyonnais).
Voilà un archevêque qui vient tout juste de
poser ses valises et provoque un mini séisme
dans le milieu catho qui commençait, sans se
l’avouer, à s’ennuyer et perdait petit
à petit ses repères. La maison à maintenant un patron
qui
devrait prendre encore un peu plus de galons
dans les mois qui viennent, en étant nommé
cardinal par Jean-Paul II. Et si son charisme
se confirme et qu’il est apprécié par ses pairs, sa
nomination à la tête des évêques
de France risque également de venir un jour ou l’autre
comme ce fut le cas pour Mgrs Decourtray et
Billé. La Colline qui prie vit en ce moment son
aggiornamento, et un nouveau souffle dont
l’Église catholique lyonnaise avait besoin depuis
près d’une décennie est en train
de souffler entre les tours massives de la basilique de
Fourvière.
Jacques Tyrol
Les confidences de l’archevêque de Lyon
Entretien. Mgr Philippe Barbarin, archevêque
de Lyon depuis huit mois, aborde pour Lyon
Capitale les enjeux actuels de l’Église
catholique lyonnaise. Sans langue de bois, il affirme
avoir pris la mesure du diocèse
et commencer à traiter les dossiers
les plus sensibles.
Lyon Capitale : Huit mois après
votre arrivée à la tête du diocèse de Lyon,
quelle perception avez-vous de l’Église
catholique lyonnaise ?
Mgr
Philippe Barbarin : Elle est très riche,très belle.
Pleine de vitalités et de
ressources. C’est une pionnière, hier
comme
aujourd’hui. Que ce soit dans les domaines
du dialogue œcuménique, des missions
ou
de la catéchèse. Mais c’est
également une
Église qui souffre parce qu’elle a
été
blessée par les décès
brusques de mes trois
derniers prédécesseurs. Lorsque
les gens
me rencontrent, j’ai l’impression qu’ils se
demandent : “Est-ce qu’il va tenir, malgré
le
rythme infernal de sa fonction ?” Je
comprends ce questionnement car l’archevêché
de Lyon est une charge très lourde, mais pour
l’instant, je ne vais pas trop mal. Et surtout,
je suis heureux de constater que le diocèse de
Lyon peut compter avec une jeunesse chrétienne
très vivante. Je sens qu’il y a une vraie
attente spirituelle dans tous les groupes
et toutes les paroisses. Je vois que beaucoup de
chrétiens, de familles, remettent la
prière au centre de leur vie. Vivement qu’on éteigne un
peu les portables, la télévision
ou Internet, afin de se tourner vers l’essentiel : l’écoute de la
Parole de Dieu.
Quant au clergé, ce n’est une surprise
pour personne, il est vieillissant comme dans la plupart
des diocèses de France. Mais l’Église
ne se laisse pas guider par les statistiques, on n’y
travaille pas “au kilo”. Il faut arrêter
de s’occuper des courbes et des chiffres car notre mission
est plus de relancer l’espérance que
de faire des analyses sociologiques. Dans l’Évangile, on
entend : “Aimez-vous les uns les autres”.
Si l’autre est vieux, aimons les vieux. Dans le diocèse
de Lyon, il y a beaucoup de musulmans. Aimons
donc les musulmans.
Depuis votre arrivée à Lyon,
vous avez semblé soucieux d’assumer le rôle d’un
ecclésiastique engagé dans
la vie de la cité. Est-ce ainsi que vous voyez les choses ?
Quand je suis revenu de Madagascar, j’avais
perdu le fil, le contact avec la France. Je devais
retrouver la société française.
À Lyon, j’ai donc naturellement voulu aller à la rencontre
des
grands problèmes sociaux. D’autant
plus que cette ville me semble avoir une place
particulière en France pour l’accueil
des immigrés et des pauvres. Certes, je ne suis pas
d’abord un responsable civil. Ma mission première
est de fortifier mes frères chrétiens dans la
foi. Mais la vie des hommes, les problèmes
sociaux me tiennent à cœur, et si l’on m’interroge,
je ne me défilerai pas. Contre la guerre
en Irak, je n’avais pas à attendre que l’on me consulte.
Face à cette grande plaie dans l’humanité,
il fallait prendre position.
Vous ne craignez pas que votre engagement
ne vous porte préjudice en donnant l’image
d’un prélat fonceur et faisant peu
de cas des nuances ou de la diplomatie ?
Je ne suis pas à l’abri de cette critique.
Il est même possible que, comme n’importe quel autre,
dans ma fragilité, je craque physiquement
ou psychiquement. On est fragile. Je suis très actif,
c’est vrai. Activiste ? Dieu m’en garde !
Peut-être que je me balade entre les deux. Ce qui est
vital, c’est l’enracinement spirituel. Quel
que soit mon programme de la journée, tous les
matins je commence par un long moment dans
la chapelle. Quant à savoir si je ne risque pas
d’agir en “solo”, il n’y a aucun souci là-dessus.
Je suis dans l’Église de France, en relation
étroite et régulière
avec mes frères évêques.
Parmi les dossiers brûlants pour le
diocèse de Lyon, il y a celui de son important déficit. À
combien s’élève-t-il et comment
s’explique-t-il ?
Ce déficit vient d’une politique pastorale
réfléchie et compréhensible. Ces dernières
années,
elle a été la suivante : “Comme
il y a de moins en moins de prêtres, on va embaucher des
laïcs”. Or le coût, les charges
financières ne sont pas les mêmes entre quelqu’un qui a des
charges de famille et qui fait 35 heures et
un prêtre. Dans la mesure où nous avons 11,65
millions d’euros de dépenses pour 9,6
millions de recettes, le déficit du diocèse s’élève
à 2
millions d’euros. Je pense que d’ici cinq
ans, notre décision devrait permettre d’arriver à un
équilibre financier : nous diminuons
chaque année de 2 % les dépenses, et nous espérons
augmenter d’autant les recettes. En 2002,
cela a fonctionné, le denier du culte ayant
augmenté de 4 %. Dans la mesure où
il représente 60 % de nos recettes, c’est important.
Est-ce que ce sera la même chose l’année
prochaine ? Il le faudrait. Enfin, nous ne pouvons
plus faire d’embauches pour le diocèse.
Nous n’avons pas le choix.
L’imposant parc immobilier de l’Église
de Lyon est un autre poids considérable pour le
diocèse. En surface, à combien
l’estimez-vous et allez-vous vendre certains biens ?
Mgr Billé avait demandé un audit
à l’association Apor pour le gros immobilier du diocèse.
Une
première phase – qui a consisté
à faire l’inventaire du patrimoine du diocèse existant –
vient
de se terminer. Elle a révélé
qu’on avait effectivement trop de locaux. En surface utile, nous
avons 29 000 m2. Le tout réparti sur
huit bâtiments : la maison épiscopale où nous sommes
en
location, le séminaire, etc. On est
donc en train de revoir tout cela très rationnellement.
Remettre aux normes coûte une fortune.
Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faudra pas le faire
pour tel ou tel lieu. Nous devrons vendre
certains lieux. C’est une décision à mûrir, et je ne
la
prendrai pas tout seul. L’Église nous
donne des normes : pour tout bien supérieur à 140 000
euros, je dois consulter le collège
des consulteurs et pour tout bien supérieur à 1 400 000
euros, il me faut son accord, et au-delà
d’un certain seuil, il faut aussi celui de Rome.
Dans le diocèse de Lyon, il y a également
la présence de quelques communautés
nouvelles qui posent des problèmes
: statut flou, options théologiques pas toujours
ouvertes sur le monde non chrétien
et certaines tendances sectaires. Quelle va être votre
attitude sur ce sujet ?
Tout d’abord, il serait faux de dire que ces
communautés ne s’intéressent pas aux problèmes
sociaux. Certaines sont très engagées
auprès des plus pauvres, des personnes en proie au
fléau de la drogue par exemple. Ensuite,
je tiens à dire que pour moi il n’y a pas les bons et
les méchants. Mais il est vrai que
certaines d’entre elles posent quelques problèmes. Jeunes,
elles sont dynamiques, mais elles sont également
fragiles. Au début, on est forcément un peu
tout feu tout flamme, inexpérimenté,
imprudent ou, pire, orgueilleux. Défauts qui n’existent
pas seulement dans les communautés
nouvelles ! Mais, pour l’Église, elles sont une grâce, un
cadeau de Dieu. Nous devons donc les accueillir
avec ce qu’elles ont de nouveau, tout en leur
évitant les dérives auxquelles
vous faisiez allusion.
Ainsi, si dans l’ensemble elles ont déjà
porté beaucoup de fruits à Lyon, il y a tout de même
des choses à remettre en place avec
certaines d’entre elles. Certains disent qu’il y a vingt ans,
on leur a trop ouvert les portes du diocèse.
Pour ma part, je ne souhaite pas de nouvelles
arrivées pour le moment. Ma tâche
est d’abord de faire une opération de clarté, un travail
de
discernement avec chacune d’elles, pour voir
celles qui sont durables, solides, et celles qui
n’ont pas d’avenir. Quand j’exigerai la fermeture
de telle ou telle des douze communautés
nouvelles du diocèse, ça plaira
ou ça ne plaira pas, peut-être que cela libérera ou
que cela
fera mal. Mes critères de décision
seront l’enracinement spirituel : la prière, la pratique des
sacrements et non pas l’émotion affective.
Il y aura aussi l’enracinement théologique et leur
juste place dans l’Église. Je serai
donc vigilant quant à leur intégration auprès des
autres
chrétiens du diocèse. Mais tout
cela ne veut pas dire que nous n’en accueillerons plus jamais
d’autres.
À plusieurs reprises, vous avez exprimé
l’idée selon laquelle, malgré la baisse
considérable du nombre de prêtres,
il n’était pas d’actualité d’ouvrir la prêtrise aux
hommes mariés ou aux femmes. Il
s’agit d’une prise de position doctrinale très classique
qui tranche avec certaines de vos initiatives.
Notamment lorsque, à Moulins, vous aviez
reçu des prêtres qui avaient
quitté le ministère pour se marier.
En ce qui concerne l’ordination de femmes,
il me semble que ce n’est pas possible. Nous ne
pourrons jamais remettre en cause l’acte et
le choix mêmes du Christ. Cela m’étonnerait que
l’Église fasse autre chose que ce que
Jésus lui-même a fait. On peut faire évoluer, et cela
s’est
déjà très souvent fait,
tel aspect de la Tradition concernant le rapport aux sacrements, à
la
fréquence de la confession ou de la
communion eucharistique. En revanche, on ne peut faire
évoluer l’acte même du Christ.
Pour répondre à votre question,
si un jour nous n’avons plus de prêtre, il n’y aura tout
simplement plus de messe. Nous ne serons pas
les premiers. À Madagascar, tous les prêtres ont
été chassés à
la fin du XIXe siècle, les chrétiens n’allaient donc plus
à la messe. En Corée,
l’Église a vécu pendant deux
cents ans sans prêtres. Les gens ont baptisé leurs enfants,
priés
chez eux tous les jours, et ils ont attendu.
Si nous sommes spirituellement trop assoupis pour
que des gens aient envie de tout quitter pour
devenir prêtres, nous ferons malheureusement
sans. Ce sera une épreuve, mais cela
ne nous empêchera pas d’être chrétiens. La grâce
de
Dieu ne nous abandonnera jamais.
Sur la question du millier d’intégristes
que compte le diocèse, Mgr Billé ne voulait pas
entendre parler d’un rapprochement avec
l’Église de Lyon. Et vous ?
Je ne sais pas si ces mots définissent
avec justesse la position du cardinal Billé. Pour ma part,
je n’ai eu aucun contact avec les intégristes
de Lyon. Ils ne se sont pas manifestés. À Moulins,
j’ai attendu deux ans avant qu’ils ne le fassent.
À Lyon, je sais qu’il y a une messe intégriste,
mais je ne sais pas où. De toute façon,
ils ne sont pas sous mon autorité puisque, depuis 1988,
il y a eu une séparation avec l’Église
catholique. Sur cette question, comme sur beaucoup
d’autres, je me sens proche de Mgr Billé.
Vous avez pris position contre la guerre
en Irak. Quand vous entendez des responsables
politiques comme George Bush, proche des
chrétiens fondamentalistes américains, faire
appel à Dieu pour gagner une guerre,
vous devez avoir les cheveux qui se dressent sur
la tête ?
“Dieu m’ayant dit ceci, je fais cela”, c’est
un raisonnement très dangereux, une erreur profonde.
Je suis pour que toute décision provenant
d’un homme politique chrétien soit prise dans la
logique de sa foi, et non dans l’illusion
que “c’est Dieu qui m’a dit que”. Il est inadmissible de
dire : “C’est la guerre de Dieu”, ou quelque
chose de semblable.
Propos recueillis par Jacques Tyrol
Archevêque de Lyon
Mgr Philippe Barbarin
Évêques auxiliaires
Mgr Thierry Brac de la Perrière, vicaire
général. Sorte de Premier ministre de l’archevêque
qui
a pour mission de gérer avec ce dernier
l’ensemble des dossiers du diocèse.
Mgr Hervé Giraud. Il va se voir confier,
dans les prochains mois, la responsabilité de dossiers
précis.
Vicaire judiciaire
Mgr Maurice Bouvier. Selon le droit canon,
il intervient surtout lorsqu’il y a une demande
d’annulation de mariage, la demande d’un prêtre
qui souhaite retrouver l’état laïc, un conflit
entre un curé et l’évêque
et pour conseiller ce dernier sur les questions juridiques qui se posent
au diocèse.
Chancelier
Père Paul Foret. Il valide tous les
décrets officiels du diocèse. Exemple : celui qui entérine
la
création d’une nouvelle paroisse. Il
est responsable du sceau du diocèse.
Économe diocésain
Monsieur Laurent Charignon. Ce laïc vient
du diocèse de Nantes où il occupait la même
fonction. Employé à plein temps.
Cabinet de l’archevêque
Père Georges Decourt, directeur de
cabinet. Une nouveauté depuis la semaine dernière. Il est
notamment chargé de mission au Grand
Lyon et travaille avec deux secrétaires particuliers : le
père Francisque Bruel et Danielle Waguet
qui était déjà secrétaire de Mgr Barbarin quand
celui-ci était évêque
de Moulins.
Conseils
Conseil épiscopal. Ce sont les plus
proches conseillers de l’archevêque. Aux côtés de Mgr
Barbarin se trouvent 8 personnes : les 2 évêques
auxiliaires, 3 archidiacres (responsables des 3
zones géographiques du diocèse),
1 diacre permanent (laïc ordonné diacre) et 2 femmes
laïques.
Conseil presbytéral. Cette instance
est composée de prêtres élus pour une part par leurs
confrères et de prêtres nommés
par Mgr Barbarin pour une autre part. Il conseille l’évêque
sur
la vie des prêtres et sur les dossiers
importants du diocèse. Il est composé d’environ 60
personnes.
Collège des consulteurs. Les
consulteurs sont nommés par l’archevêque. Ils sont chargés,
en
cas de décès de celui-ci, de
désigner l’administrateur du diocèse et sont consultés
lors des
importantes transactions immobilières,
ou lors de la création ou de la suppression d’une
paroisse. Les 9 personnes qui ont été
désignées par Mgr Billé restent à confirmer
par Mgr
Barbarin.
Conseil diocésain pour les affaires
économiques. Il est composé d’une dizaine de personnes,
aussi bien prêtres que laïcs.
Conseil diocésain du diaconat.
Il veille à formation et à la nomination des 50 diacres
permanents du diocèse.
Conseil diocésain de la vie religieuse.
Il est chargé de suivre les 2000 religieux et religieuses
du diocèse.
Conseil diocésain de pastorale.
Sa constitution est éventuelle. Actuellement, il y a un débat
sur son utilité pour le diocèse.
En plus des personnes qui travaillent dans
tel ou tel conseil diocésain, une quinzaine de
personnes salariées en permanence
et plus d’une vingtaine de bénévoles travaillent pour
l’archevêché de Lyon.
Les incontournables du catholicisme lyonnais
Christian
Delorme
On l’appelle le “curé des Minguettes”
Dans les années 1980, le père
Christian
Delorme est une référence en
matière de
dialogue avec les jeunes des banlieues
lyonnaises qui commencent à se faire
entendre. En lien avec des familles
d’origine maghrébine, celui que l’on
surnomme alors le “curé des Minguettes”
joue, avec d’autres, un rôle de médiation
avec une République inquiète.
Il aide cette
jeunesse à se faire entendre de manière
non violente. “Depuis des années, je
voyais
les malentendus entre de nombreux jeunes
et la police. Je voyais que la violence
démarrait souvent pour des bêtises”,
se
rappelle-t-il aujourd’hui. Très présent
sur les
quartiers, il suit le mouvement SOS
Racisme, travaille sur la question de
l’intégration et essuie les plâtres
du
dialogue inter-religieux. Vingt après,
le père Christian Delorme est encore l’une des figures
catholiques lyonnaises les plus connues et
les plus audacieuses. Aujourd’hui curé de Gerland,
il approfondit ce dialogue quotidien entre
catholicisme et islam. Sans langue de “buis” : “Ce
n’est pas facile car, par nature, le christianisme
et l’islam sont un peu devenus concurrents
dans la mesure où le second demande
à avoir part entière à la table de la République”.
Bernard Devert
L’art de loger les plus démunis
D’abord promoteur immobilier tout ce qu’il
y a de plus classique, Bernard Devert, devenu père
Bernard en 1987, est resté un homme
d’action. En avance sur son temps, il fonde l’association
“Habitat et Humanisme” au milieu des années
1980, en vue de bâtir une ville à visage
humain. “Un homme/Un toit”, mixité
sociale et économie de partage sont les trois principes de
cette association qui engage aujourd’hui quelque
huit cents bénévoles. Ce prêtre expert en
politique sociale du logement est également,
depuis 1994, aumônier au centre anticancéreux
Léon-Bérard de Lyon. Mais le
Lyonnais Bernard Devert n’est pas qu’un homme d’action. Il est
également homme de spiritualité.
Quand le nouvel archevêque de Lyon, Mgr Philippe
Barbarin, décide en mars dernier de
rétablir les conférences de Carême destinées
à aider les
catholiques lyonnais dans l’approfondissement
de leur foi avant Pâques, c’est à lui qu’il fait
appel.
Henri Denis
Expert au concile Vatican II
Lors du concile Vatican II (1962-1965), le
père Henri Denis joue le rôle “d’expert”. Au sein de
cette assemblée de 2 400 prêtres
dont l’objectif est de réformer l’Église catholique sur des
pans entiers de sa Tradition, le théologien
lyonnais, lui, planche surtout sur la question du
ministère du prêtre. Âgé
aujourd’hui de 81 ans, cet intellectuel qui a été pendant
près de
quarante ans professeur de théologie
à la faculté catholique de Lyon, tape du poing sur la
table en 1988. Suite à une proposition
d’entente faite par Vatican II à Mgr Lefebvre – chef de
file de ceux qui exècrent le catholicisme
moderne défini par le concile –, Henri Denis lance
l’idée d’une association de prêtres
“pour assurer la fidélité à Vatican II et soutenir
les évêques
en ce sens”. Il ne tarde pas à être
entendu : cette association prend le nom de “Jonas” et près
de 1 500 prêtres en deviennent membres.
Mais, de tout cela, il ne souhaite pas parler : “Je
préfère rester dans l’ombre.
Je ne suis pas fait pour passer pour une vedette” dit-il.
Les cathos branchés et les cathos réacs
Lieux. À Lyon, plusieurs institutions
catholiques ont une réelle aura en raison de leur
capacité à dialoguer avec
le monde contemporain. A contrario, certaines communautés
catholiques lyonnaises, estimant que
le monde ne vit que dans le péché, constituent des lieux
de repli identitaire.
Dans un panorama
du Lyon catholique, ce
sont des lieux d’influence. De nombreux
chrétiens et non chrétiens en
provenance
de la France entière et, parfois du
monde
entier, s’y pressent. Leur souci de vivre
la foi
chrétienne, de la discuter, de dialoguer
avec la modernité ou la différence
– sans
prosélytisme – explique qu’ils aient
une
audience certaine dans le monde
contemporain.
Pour les jésuites qui occupent, depuis
1929, le centre spirituel du Châtelard,
situé
à Francheville, le rayonnement sur
la ville
de Lyon ne date pas d’aujourd’hui. François
Varillon, l’un de ses anciens supérieurs,
décédé en 1978 et ami
de Paul Claudel,
fut l’un des conférenciers catholiques
les
plus écoutés du XXe siècle.
Son incessante
plaidoirie pour “l’amour que Dieu éprouve
envers l’homme”, liée à un humanisme
réconcilié avec le monde moderne, a beaucoup
compté dans la popularité de
ce centre spirituel lyonnais. Aujourd’hui, annuellement, Le
Châtelard voit passer près de
7 000 personnes à la recherche d’un accompagnement pour
prier, approfondir leur foi chrétienne
ou poser un choix de vie avec recul.
Avec les dominicains, Lyon possède
deux autres communautés de religieux qui comptent
parmi les lieux catholiques dynamiques du
diocèse. Construit par l’architecte Le Corbusier, à
la fin des années 1950, le célèbre
couvent de La Tourette, à L’Arbresle, est devenu, peu après
mai 1968, un lieu de rencontre majeur entre
la théologie chrétienne et la pensée
contemporaine, avec son centre Thomas More.
“Pour les Dominicains, il est essentiel d’être en
connivence avec leur siècle et d’avoir
les mêmes mots que lui pour qu’on puisse, avec nos
semblables, s’écouter, se parler et
se comprendre”, affirme le frère Jean-Pierre Olivier. Tous les
ans, des milliers d’architectes du monde entier
se rendent à La Tourette pour travailler. À
quelques pas de la Part-Dieu, une autre communauté
de dominicains anime, depuis 1988, un
centre de conférences. Lieu catholique,
L’Agora-Tête d’Or “cherche à devenir une forme de
place publique où chrétiens
et non chrétiens puissent se pencher ensemble et en toute
démocratie sur les questions qui nous
habitent tous”, explique Philippe Jaillot, prieur du
couvent.
Parmi les hauts lieux catholiques lyonnais,
“la Catho” est le plus ancien. L’université
catholique de Lyon a, en effet, été
créée en 1875. Aujourd’hui, elle accueille 9 500 étudiants
répartis dans cinq facultés
et cinq écoles professionnelles. À travers des conférences
et des
colloques, elle est l’une des plaques tournantes
du débat et de la recherche sur les grandes
questions de société : dialogue
inter-religieux, éthique, droits de l’homme, etc.
À côté de ces importantes
institutions, le Lyon catholique contemporain compte deux médias
qui ne sont pas à négliger.
Créée en 1985 par Christian Terras, la revue Golias qui se
définit
comme “l’empêcheur de croire en rond”,
n’est pas toujours appréciée par les catholiques. Loin
de là même. Son travail d’investigation
sur des sujets sensibles lui vaut souvent d’être raillée
par un milieu qui n’aime guère que
ses problèmes ou difficultés soient rendus publics. Mais
si
les catholiques ne goûtent pas toujours
le ton du Villeurbannais Golias, ils sont plus nombreux
qu’ils ne le croient à lire sa littérature.
Dans un tout autre genre, sur la colline de Fourvière,
Radio chrétienne en France (RCF) ne
cesse, elle aussi, d’augmenter son audience depuis sa
création en 1982. Elle le doit, entre
autres, à l’évolution qui est la sienne depuis une dizaine
d’années en faveur de plus de pluralisme.
Jacques Tyrol
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