Nous publions
ici un extrait de l'excellent livre du RP Eugène VANDEUR, Docteur
en Théologie "La Sainte Messe Notes sur sa Liturgie" (Abbaye
de Maredsous - Belgique - 1937). pp. 37 et s.
"Qu'est-ce que l'autel ? Combien de sortes d'autels distingue-t-on ? Que représente l'autel ?
L'autel, d'un mot latin altare, qui signifie chose élevée,
alta res, est une table, élevée au-dessus du sol, sur
laquelle on offre un sacrifice.
L'Eglise devait avoir son autel, autel d'autant plus sacré que
la victime qui s'y immole est un Dieu.
On distingue deux sortes d'autels : l'autel fixe et l'autel portatif.
Le premier se compose d'une grande table de pierre, assise sur un massif
de même matière avec lequel elle forme un seul tout consacré
et fixe. Le second n'est qu'une simple pierre, assez large toutefois pour
recevoir le calice et l'hostie, et enchâssée dans une table
de pierre ou de bois. La pierre seule est consacrée ; on peut la
transporter d'une table dans une autre.
Dans les églises, il y a d'ordinaire plusieurs autels. Le maître-autel,
généralement fixe, est le principal; c'est l'endroit où
s'accomplissent de préférence les cérémonies.
Il est symbole de l'unité de l'Eglise, parce que unique, au moins
à l'origine. Les autels latéraux n'existaient pas dans les
premiers siècles ; ils n'ont été élevés
que plus tard, lorsque s'introduisit l'usage de célébrer
plusieurs messes par jour dans la même église.
L'autel doit être de pierre dans la partie qui reçoit
le calice et l'hostie. Il doit porter une croix, souvenir de Jésus
crucifié, pour rappeler au prêtre et aux fidèles la
Passion de Jésus-Christ que le Sacrifice renouvelle mystiquement.
Une croix de métal n'est pas requise quand une toile ou une sculpture
de Christ en croix apparaît déjà sur l'autel comme
premier ornement. (Questions liturgiques - Dom Lambert Beauduin
- Abbaye du Mont César, Louvain - Déc.1922 p.312) Cette croix
surmontait jadis le ciborium ; à défaut de celui-ci
en certains lieux on en vint, vers le IX° siècle, à placer
la croix sur l'autel. Il faut aussi deux cierges aux côtés
de la croix ; ils sont là pour l'honneur et la vénération
de l'adorable Victime. Trois degrés conduisent régulièrement
au maître-autel : d'après les liturgistes, les trois vertus
théologales de fopi, d'espérance et de charité qui
mènent à Jésus-Christ.
En effet, l'autel représente Jésus-Christ ; l'évêque
en avrtit le sous-diacre le jour de l'ordination. Du reste le rite de la
consécartion des autels le démontre. La pensée du
sacrifice de la croix domine dans ces cérémonies, où
l'on compte près de deux cents signes de croix. L'autel est de pierre
; or, la pierre est une figure de Jésus-Christ, pierre angulaire
(Ephes.
II, 20) de l'Eglise, comme l'appelle Saint Paul. Cinq croix sont gravées
dans cette pierre ; elles figurent les conq plaies du Sauveur. Elle est
purifiée par de nombreuses ablutions, car elle symbolise ce Pontife
éternel, saint, innocent, immaculé
(Hébr. VII,
26) dont parle l'Apôtre. Elle reçoit maintes onctions faites
avec l'huile des catéchumènes et le saint-Chrême; elle
est l'emblême de celui de qui il est écrit : L'Esprit du
Seigneur repose sur moi, c'est pourquoi il m'a oint. (Luc IV, 18) Dans
le sépulcre de cette pierre reposent quelques reliques de saints,
dont l'une au moins doit provenir d'un martyr ; l'on sait en effet que
primitivement il fut d'usage de célébrer les saints mystères
sur le tombeau des martyrs.
L'autel représente donc Jésus-Christ ; c'est la figure
de Dieu résidant au milieu de son peuple.
L'usage de construire en-dessu de l'autel un ciborium , espèce
de baldaquin le recouvrant, est très ancien. Les ciborium
apparaissent dès le IV° siècle en Occident et en Orient.
Constantin le Grand a fait excéuter celui du Latran. En certains
endroits, ils sont d'une grande richesse. L'Eglise n'a jamais rien épargné
pour orner l'autel, l'endroit sacro-saint de son culte.
Sous la coupe de ce ciborium , et cela vers jusque le milieu
du XVI° siècle, on suspendait une colombe d'or ou d'argent contenant
l'Eucharistie ou sainte Réserve. En 1901, cette coutume était
gardée encore à l'abbaye de Solesmes. Depuis, date de la
construction du tabernacle. D'ordinaire, et à défaut
de chapelle spéciale plus ornée, le tabernacle est placé
au maître-autel. Il doit être doré à l'intérieur
ou tendu de soie blanche. Il est revêtu à l'extérieur
d'un voile appelé conopée, qui peut être des
diverses couleurs liturgiques, excepté le noir. Le tabernacle
ne peut rien supporter sauf la croix, et encore serait-il préférable
qu'il ne supportât rien.
L'usage de placer les reliques des saints à l'autel est
bien vénérable. Toutefois les reliquaires doivent disparaître
pendant la messe ou l'office des morts, au temps de l'Avent et du Carême,
pendant l'exposition du Très-Saint-Sacrement.
Il est si juste qu'au moment du sacrifice de leur Chef auguste, les
saints, qui sont les membres de son corps, soient là présents
et s'associent dans la gloire au grand acte de la Religion."