LES DOCUMENTS DU FORUM CATHOLIQUE - JUIN 2003 - NUMERO 18
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LA "MESSE" DE MGR ROUET
par Justin Petipeu


 
 

                      On est passé peut-être un peu rapidement sur la seule réponse un peu développée au livre diffusé par la Fraternité
                      sacerdotale Saint-Pie X "Le problème de la réforme liturgique". Je veux parler de l'homélie de Mgr Rouet (1), évêque de
                      Poitiers, qui, sans jamais le nommer, est une réponse assez "énorme" à l'ouvrage. Une conception très particulière du
                      mystère pascal, de la Tradition y côtoie un dénigrement agressif du rit pré-conciliaire et d'une certaine partie de l'histoire
                      de l'Eglise. L'homélie se termine en fanfare : Mgr Rouet tombe le masque et finit sur la validité du sacrement de
                      l'Eucharistie. Nous verrons que c'est assez édifiant... Pour être tout-à-fait juste, il faut préciser que Mgr Rouet a été
                      distingué par Golias comme l'évêque le mieux "noté" de France, celui, qui selon les modernistes lyonnais, devrait être
                      président de la conférence épiscopale de France.
 
 

     LA TRADITION SELON MGR ROUET

     Bel exemple d'archéologisme condamné par Pie XII ! dans toute son homélie, Mgr Rouet n'a de cesse de se référer aux temps apostoliques : «
     la véritable tradition est cet esprit et cette source qui remontent par les apôtres au Christ lui-même . »  Fi de l'histoire de l'Eglise ! la véritable
     tradition est un développement homogène et la révélation progressive de la doctrine par l'Eglise. L'évêque de Poitiers l'ignore. Il s'attaque donc
     avec virulence à la période qui, selon lui, a donné naissance au rit traditionnel...c'est d'abord la peste noire (si, si) : «  Il a fallu l'arrivée tardive
     dans l'histoire, mais cruelle pour nos pays (...) de la grande peste noire, à l'issue de laquelle un certain nombre de pays avaient perdu la moitié
     de leur population pour que le sacrifice ne devienne que la mort . »
     Soulignons au passage l'aveu de Mgr Rouet : «  Rappelez-vous (il parle à ses prêtres NDLA) cette position qui a eu cours, en plein Moyen-Age
     et que l'on apprenait en cachette, à l'époque de nos études... » Oh ! le petit cachotier !  Il nous rejoue "le nom de la rose" ! Ainsi, les prélats
     actuels, ceux qui sont aux manettes, sont aussi ceux qui lisaient les livres condamnés dans leurs séminaires...Avis à quelques moines du
     Barroux et autres bonnes âmes qui voient dans Vatican II et le NOM une "continuité" naturelle dans la doctrine de l'Eglise. Mgr Rouet a le
     courage de le dire, lui.
     Le rit traditionnel serait aussi du aux guerres de religion :  «  il a fallu cette sorte de crispation anti-protestante pour que le sacrifice devienne
     l'arme de la mort. » Ben voyons ! à force de tuer du protestant, les méchants catholiques auraient pris goût à la mort, d'où la notion de sacrifice
     de la messe de St Pie V...CQFD.

      Enfin, troisième raison du succès de la messe de St Pie V : le romantisme !!!!!!! Bien que le romantisme date du XIXème siècle, il est aussi
     responsable du rit romain qui a donné tant de saints à l'Eglise et d'élus au Ciel : «  Mais lui aimait souffrir, il a magnifié d'autant plus la
     souffrance qu'il y prenait son plaisir et y trouvait sa récompense. Or, de ces traditions à courte vue, très typées dans l'histoire de l'Eglise, il en
     est résulté la notion d'un sacrifice mutilé, dégénéré (...) en un mot à une sorte de masochisme. » Je rappelle que Mgr Rouet parle de la SAINTE
     MESSE codifiée en 1571, selon l'usage antique, célébrée par des dizaines de papes, des centaines d'évêques et des milliers de prêtres ! Mgr
     Rouet est clair sur deux points :
      - L'histoire de l'Eglise ne l'intéresse pas du concile de Trente jusqu'à Vatican II. C'est en quelque sorte "les heures les plus sombres de notre
     histoire". Belle conception de l'Eglise !
      - Il y a bien une rupture claire entre le rit traditionnel et le NOM, qui serait un retour aux sources après une période de dégénérescence,
     représenté par St Pie V jusqu'à Pie XII.
 

     CACHEZ CETTE CROIX QUE JE NE SAURAIS VOIR !
 
 

      Voici donc ce que l'évêque de Poitiers lisait en cachette au séminaire : « Même s'il n'y avait pas eu le péché originel, le Christ se serait incarné,
     car ce que Dieu désire ce n'est pas simplement le pardon des offenses mais l'alliance intime d'une humanité renouvelée entre Dieu le Père,
     Jésus son Fils uni aux hommes dans l'unique Esprit. » On pense évidemment et immédiatement à St Paul : « je ne suis pas venu prêcher parmi
     vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. » Ou encore : «  le Fils de l'Homme est venu racheter et sauver ce qui était perdu. »
     Les propos de Mgr Rouet s'inspirent donc d'un vague humanisme philantropique en vogue dans l'Eglise depuis quelques années mais qui ne
     correspondent en rien à la conception catholique de la mission salvifique du Christ. C'est ainsi.

      Mais alors comment expliquer la mort de Jésus ? Lisons Mgr Rouet : «  La mort de Jésus est essentiellement ce renoncement à nos limites, ce
     renoncement à nos petitesses pour qu'éclate dans une chrysalide divine qui s'ouvrirait pour nous, l'humanité que Dieu désire. » Bel effort
     d'imagination de la part du prélat mais hélas ! on est dans le n'importe quoi ! La mort de Jésus est le sacrifice parfait, saint, pur et sans tâche
     offert à Dieu pour nos fautes et péchés...Il a versé son sang pour racheter chacune de nos âmes, au prix fort. Mgr Rouet persiste : «   Ce que le
     Christ a en vue, ce n'est pas simplement un retour à ce que nous étions avant le péché, ce qui se retrouve dans d'autres mythologies (si, si ,
     vous avez bien lu NDLA), mais la transfiguration profonde de notre humanité. » Tout pour l'humanité, en quelque sorte, lui qui l'a seulement
     revêtue pour nous arracher à la damnation et à notre condition de pécheurs...
      Haro sur le sacrifice, donc ! Il ne doit s'agir en aucun cas de parler de la mort du Christ...et Mgr Rouet de citer Leroy-Larudie "Ils aiment le
     Christ, ils l'aiment saignant". Belle façon de moquer la théologie traditionnelle de la messe ! Quelle outrance ! «  dès lors qu'on ne prononçait
     pas des mots mortifères, excluants et sanguinolents, c'est comme si on avait trahi la foi. » C'est effectivement ce que fait Mgr Rouet...Lisons sa
     conclusion : «  Voilà comment le christianisme est parfois devenu une religion qui encensait la mort. Celui qui célèbre le sacrifice mortel est celui
     qui a pouvoir sur les autres, sans se rendre compte malheureusement qu'il ressemble plus à un prêtre païen. » Il y a des siècles de chrétienté,
     des générations de prêtres qui doivent hurler contre l'évêque de Poitiers ! et le pauvre Saint Paul dans son épître aux Corinthiens : " Toutes les
     fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ".
 

     UNE NOUVELLE COLLEGIALITE ?

      L'autre aspect intéressant de cette homélie est l'idée tout-à-fait originale de l'évêque de Poitiers sur le sacerdoce ; pour lui, il n'y a de
     sacerdoce que dans le presbyterium, c'est-à-dire l'ensemble des prêtres d'un diocèse ou d'une congrégation, par exemple. «  Le mystère pascal
     fonde l'Eglise comme Peuple de Dieu. Elle fonde le presbyterium. Jamais le concile Vatican II ne dit "le" prêtre, toujours il dit "les" prêtres. Car le
     prêtre n'est pas une identité abstraite, homologable à travers tous les pays du monde. (...). On est prêtre à la proportion vraie où on accepte
     d'être membre dans un presbyterium, où on est le serviteur dans un peuple donné. Tout le reste est une spiritualité désincarnée. » On ne
     saurait mieux remettre en cause le caractère sacré de la personne du prêtre, son onction sacrée, son POUVOIR de rendre présent Jésus-Christ
     sur l'autel en lui intimant de se rendre présent...Finalement, pour Mgr Rouet, le sacerdoce correspond à une catégorie sociale à étudier sur le
     mode des experts socioprofessionnels..."Tout le reste est une spiritualité désincarnée ". Non Monseigneur ! tout le reste est surnaturel mais
     cela, vous ne pouvez sans doute plus le comprendre !

     Cette considération unique des prêtres n'existant que dans le presbyterium fonctionne à rebours : pas d'assemblée,
     pas de sacerdoce et donc pas de messe ! «  Car c'est ensemble, comme peuple sanctifié que nous célébrons
     l'unique Eucharistie. » Etrange conception de la messe où un prêtre privé de fidèles ne peut plus renouveler le
     sacrifice de Notre-Seigneur, et pour cause, puisqu'il n'y a plus de sacrifice mais seulement une assemblée qui se
     transfigure. Tout ceci n'a rien de commun avec la doctrine catholique ! Evidemment, la conception de l'Eglise
     catholique est à la mesure de celle du sacerdoce : «  Il y a un unique peuple de Dieu. Non pas d'abord une pyramide
     mais un peuple de frères. » Nous avons tous appris au catéchisme que l'Eglise est une pyramide avec au sommet le
     pape, puis les évêques, puis les prêtres et les fidèles...C'est fini tout ça ! Mgr Rouet tient des propos proches de
     ceux de Mgr Marchand, rapportés par le Dr Villette ; l'Eglise, ce n'est plus vertical, c'est horizontal !
      Naturellement, à la lecture de cette homélie ahurissante, les débats sur le rit traditionnel semblent à des
     années-lumière...Comment les évêques pourraient-ils accepter des remarques sur la notion de sacrifice dans le NOM
     puisqu'eux-mêmes nient ouvertement que la messe soient le renouvellement de ce sacrifice. Je ne parle même pas
     de la validité...Mais là c'est plus grave. Mgr Rouet déclare pour finir : «  Il a fallu le rétrécissement de la crise
     protestante pour que la validité prenne une telle place alors que célébrer un sacrement c'est montrer que ce
     peuple-là est transfiguré par la présence de son Seigneur et le service de son Evangile. » Plus de matière, ni de
     formes, ni d'intention de l'Eglise ! Tout cela est vain puisque ce qui compte dorénavant, c'est que le peuple soit
     présent et qu'il sente la présence du Seigneur ! Que reste-t-il de la théologie catholique de la messe ? Rien.
     Quel dialogue établir avec de tels pasteurs ? Aucun, nous ne parlons même plus de la même chose. C'est désolant.
 

     Pour conclure, je voudrais souligner que cette homélie a été certainement prononcée lors d'une messe chrismale, puisque, à de nombreuses
     reprises, Mgr Rouet s'adresse à ses prêtres assemblés autour de lui. Pauvres prêtres du diocèse de Poitiers affublés d'un tel pasteur ! Ils sont
     les premières victimes de cet enseignement anti-traditionnel et anti-catholique de la messe...Il est urgent de prier pour les prêtres afin que dans
     les diocèses, ces péroraisons fumeuses et néo-protestantes ne passent pas ! Il y va du dialogue futur que les évêques, nous venons de le
     montrer, sont incapables de mener tant ils détestent l'Eglise d'avant Vatican II, son catéchisme, sa théologie, son Histoire...
       

    Justin Petipeu

Pour Agoramag - Justin Point-de-Vue - 19 juillet 2001

(1) Ci-dessous de larges extraits de l'HOMELIE DE MGR ROUET, EVEQUE DE POITIERS
 
 

                      « En remettant en honneur très vigoureusement la notion centrale du mystère pascal, le Concile
                      Vatican Il nous ramène  avec générosité aux enseignements les plus constants, les plus clairs et les
                      plus forts des pères de l'Église. Le Concile,  pratiquement dans tous ses textes, parle du mystère
                      pascal comme étant au coeur même de la vie chrétienne. [...] Par  là, notre Église revient à sa
                      source, retrouve ce qui a été sa richesse la plus splendide pendant sa fondation  apostolique,
                      pendant l'établissement des premières réflexions théologiques qui sont la base, encore actuelle, de
                      toute  réflexion vraiment fructueuse, dans le peuple de Dieu. La tradition ne s'arrête pas aux
                      décennies qui nous ont  précédés, ni même à l'époque de la Réforme. La véritable tradition est cet
                      esprit et cette source qui remontent par les  apôtres au Christ lui?même, la source glissant toujours
                      au?delà de ce que nos mains peuvent en saisir.  En parlant du mystère pascal comme étant
     l'expression la plus juste de notre foi, que veut dire exactement le concile Vatican  Il ? [...] « Ceux
     que le Christ a justi­fiés, il ne les a pas simplement ajustés à son pardon, mais il les a également
     glorifiés ».  Ce que le Christ a en vue ce n'est pas simplement un retour à ce que nous étions [avant
     le péché], ce qui serait parfois bien  lassant avouons?le, et qui se retrouve dans d'autres
     mytholo­gies. Ce que le Christ a en vue est la transfiguration pro­fonde de  notre humanité.
     Transfiguration de ce monde, car « la création, comme dit Paul aux Romains, gémit dans l'attente
     de sa  véritable naissance ». Nous sommes une terre en gésine, nous sommes une terre en train
     d'accoucher d'un monde que Dieu  appelle de tous ses voeux. Mais également transfiguration pour
     nous?mêmes [...] Le mystère pascal a pour objet de nous  transfigurer à l'image du Fils ; d'être
     changé de jour en jour, grâce à l'action de l'Esprit Saint en une image de plus en plus  fidèle au Fils
     unique de Dieu, Jé­sus?Christ, notre Seigneur.  Or, on ne peut obtenir cette grâce de la
     transfiguration que si nous acceptons de mourir à nous?mêmes, que si nous  acceptons de nous
     laisser totalement saisir par le Christ. Rappelez?vous, frères prêtres, ce moment où vous étiez, pour
     la  prostration, abandonnés comme au tombeau à la volonté de Dieu, ne cherchant plus ce qui vous
     plaît mais prêts à entendre la  voix pour tout appel, même parfois stupéfiant où la mission nous
     entraînera. [...] La mort de Jésus est essentiellement ce  renonce­ment à nos limites, ce renoncement
     à nos petitesses pour qu'éclate dans une chrysalide divine qui s'ouvrirait pour  nous, l'humanité que
     Dieu désire.  Rappelez?vous cette position qui a eu cours, en plein Moyen Âge et que l'on apprenait
     en cachette, à l'époque de nos études:  même s'il n'y avait pas eu le péché origi­nel, le Christ se
     serait incarné, car ce que Dieu désire ce n'est pas simplement le  pardon des offenses mais c'est
     beaucoup plus, l'alliance intime d'une humanité renou­velée entre Dieu le Père, Jésus son Fils  uni
     aux hommes dans l'unique Esprit. C'est l'alliance qui est le but du mystère pascal. [...] Il est clair
     que cette conception est  le cœur de la vie chrétienne, que vous mettez en oeuvre chaque fois que
     vous baptisez, que vous célébrez dans l'Eucharistie  [...]  C'est le moment d'unir ces trois grandes
     intuitions de Vatican II dont on voit maintenant combien elles sont lumineuses. C'est  parce qu'il y a
     un mystère pascal qu'il y a un peuple de Dieu. [...] S'il y a un mystère pascal, il y a un unique peuple
     de Dieu.  Non pas d'abord une py­ramide mais un peuple de frères [...] Le mystère pascal fonde
     l'Église comme peuple de Dieu. Elle  fonde le presbytérium. Jamais le Concile Vatican II ne dit « le
     » prêtre, toujours il dit « les » prêtres. Car le prêtre n'est pas  une identité abstraite, homologable à
     travers tous les pays du monde. Il appartient à un presbytérium concret avec son  histoire. On est
     prêtre à la proportion vraie où on accepte d'être membre d'un presbytérium, où on consent à cette
     histoire, où  on en est le serviteur dans un peuple donné. Tout le reste est une spiritualité
     désin­carnée. C'est ce que nous célébrons dans  l'Eucharistie. L'Eucharistie que nous célébrons
     ensemble. Rappe­lez?vous Jean Chrysostome disant à ses fidèles déjà en  retard : u Je ne peux pas
     célébrer sans vous, je ne peux pas commencer sans vous, je ne célèbre pas sans mon peuple». Car
     c'est ensemble, comme peuple sanctifié que nous célébrons l'unique Eucharistie.  Ce serait une
     réduction, une dégénérescence que d'en rester à ce que trois époques, plutôt sombres pour la
     théologie, ont dit  du sacrifice. Il a fallu l'arrivée tardive dans l'histoire, mais cruelle pour nos pays,
     de trois épi­démies de peste aux XIV` et  XVe siècles, en particulier la « grande peste noire », à
     l'issue de laquelle un certain nombre de nos pays avaient perdu la  moitié de leur po­pulation, pour
     que le sacrifice ne soit plus ce qu'Augustin appelait : u l'hommage, l'offrande spirituelle d'une
     li­berté à son Dieu », mais que d'un seul coup le sacrifice ne devienne que la mort. La mort !
     Comme si Dieu ai­mait la mort !  Il a fallu cette sorte de crispation anti­?protestante pour que le
     sacrifice devienne l'arme de combat : dès lors qu'on ne  prononçait pas des mots mor­tifères,
     excluants et sanguinolents, c'est comme si on avait trahi la foi. Pardonnez?moi ce mot  cruel que
     vous trouverez dans Emmanuel Leroy?Ladurie, « Montaillou, village Occitan », village qui va
     tomber tout entier  dans l'hérésie cathare : a Ils aiment le Christ, ils l'aiment sai­gnant ». C'est atroce
     ! N'empêche que c'est cette dévo­tion?là qui  a été assimilée, en un temps d'horreur et de mort, cela
     se comprend, quand la moitié d'une population meurt de peste,  comprenons qu'il n'y a que dans la
     mort qu'on peut trouver un sens. La crispation anti?protestante était aussi liée à des  couvres de
     mort. Nous nous sommes entre?tués ! I1 y a un rapport entre une théologie sacrifi­cielle et prendre
     les armes. La  troisième époque, si noire pour la réflexion chrétienne, est le romantisme et sa
     douleur a Mais lui aimait souffrir, il a magnifié  d'autant plus la souffrance qu'il y prenait son plaisir
     et 1° trouvait sa récompense ». Or de ces traditions à courte vue, très  typées dans l'histoire de
     l'Église, il en est résulté la no­tion d'un sacrifice mutilé, dégénéré, contre laquelle le Concile s'est
     élevé bien sûr, c'est celle d'un sacrifice lié au manque, à la privation, à la blessure, en un mot à une
     sorte de masochisme.  Réfléchissons deux secondes : si nous ne gardons dans l'eucharistie, comme
     coeur de l'eucharistie, non plus le mystère  pascal, mais seulement l'idée du sacrifice du Christ alors
     il n'y a plus que deux solutions  ? D'un côté cette mort ignominieuse, celle des esclaves, de Jésus en
     croix, vous allez l'oublier, comme très pro­bablement  (n'en déplaise à un texte apocryphe), Pilate a
     dû complètement oublier qu'un jour il avait abandonné au Sanhédrin un petit  agitateur Galiléen...  ?
     Ou bien, d'un autre côté, cette mort qui est le signe de toutes nos morts, vous devez la répéter, la
     redire, la ma­gnifier. Voilà  comment le christianisme est parfois devenu une religion qui encensait
     la mort. Par conséquent, il faut sans arrêt pouvoir la  redire et la célébrer. Celui qui célèbre le
     sacrifice mortel est celui qui a pouvoir sur les autres, sans se rendre compte  malheureusement qu'il
     res­semble plus à un prêtre païen qu'à celui dont parle l'épî­tre aux Hébreux : ce Christ faisant
     arrêter  les sacrifices multiples en une fois par une unique offrande, a mis fin à toutes les répétitions
     qui sont toujours liées à des  affir­mations de pouvoir et à des dégénérescences de la pen­sée.  [...]
     C'est important de se redire cela à un moment où on est en train de se perdre en dehors de
     l'essentiel. Ne croyez pas  qu'il s'agit là d'un supplément de théologie accidentelle, il y va du coeur
     de la foi [...] Très particu­lièrement de ce point que  Vatican Il lui?même a remis en honneur, la
     sacramentalité de l'Église. Certes, avec pru­dence Vatican II dit qu'elle est " comme un sacrement ".
     Oui! Mais si l'Église n'était pas le corps actif, il n'y aurait pas d'autres sacrements ! Nous ne
     pouvons pas célébrer l'eucharistie si l'Église n'est pas rassemblée ; nous ne pouvons pas baptiser (ce
     sera un point important  pour notre diocèse), si la communauté n'est pas présente ; nous ne pouvons
     pas donner le sacrement de mariage si l'Église  n'est pas là pour l'accueillir [...] II a fallu le
     ré­trécissement de la crise protestante pour que la validité prenne une telle place  alors que célébrer
     un sacrement c'est montrer que ce peuple?là est transfiguré par la pré­sence de son Seigneur et le
     service  de son Évangile [...] L'homme est fait pour la générosité, pour l'espace et la liberté. Si nous
     avons, nous, comme signe  sacramentel de notre présence au milieu des hommes, un seul signe à
     donner, c'est de mettre au large les hommes et les  fem­mes que nous rencontrons pour qu'ils ne se
     rétrécissent pas dans des combats inutiles, dans des crispations stéri­les,  dans des impasses et des
     recherches de vent ».