On est passé peut-être un peu rapidement sur la seule réponse
un peu développée au livre diffusé par la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie X "Le problème de la réforme liturgique".
Je veux parler de l'homélie de Mgr Rouet (1), évêque
de
Poitiers, qui, sans jamais le nommer, est une réponse assez "énorme"
à l'ouvrage. Une conception très particulière du
mystère pascal, de la Tradition y côtoie un dénigrement
agressif du rit pré-conciliaire et d'une certaine partie de l'histoire
de l'Eglise. L'homélie se termine en fanfare : Mgr Rouet tombe le
masque et finit sur la validité du sacrement de
l'Eucharistie. Nous verrons que c'est assez édifiant... Pour être
tout-à-fait juste, il faut préciser que Mgr Rouet a été
distingué par Golias comme l'évêque le mieux "noté"
de France, celui, qui selon les modernistes lyonnais, devrait être
président de la conférence épiscopale de France.
LA TRADITION SELON MGR ROUET
Bel exemple d'archéologisme condamné par Pie XII ! dans toute
son homélie, Mgr Rouet n'a de cesse de se référer
aux temps apostoliques : «
la véritable tradition est cet esprit et cette source qui remontent
par les apôtres au Christ lui-même . » Fi de l'histoire
de l'Eglise ! la véritable
tradition est un développement homogène et la révélation
progressive de la doctrine par l'Eglise. L'évêque de Poitiers
l'ignore. Il s'attaque donc
avec virulence à la période qui, selon lui, a donné
naissance au rit traditionnel...c'est d'abord la peste noire (si, si) :
« Il a fallu l'arrivée tardive
dans l'histoire, mais cruelle pour nos pays (...) de la grande peste noire,
à l'issue de laquelle un certain nombre de pays avaient perdu la
moitié
de leur population pour que le sacrifice ne devienne que la mort . »
Soulignons au passage l'aveu de Mgr Rouet : « Rappelez-vous
(il parle à ses prêtres NDLA) cette position qui a eu cours,
en plein Moyen-Age
et que l'on apprenait en cachette, à l'époque de nos études...
» Oh ! le petit cachotier ! Il nous rejoue "le nom de la rose"
! Ainsi, les prélats
actuels, ceux qui sont aux manettes, sont aussi ceux qui lisaient les livres
condamnés dans leurs séminaires...Avis à quelques
moines du
Barroux et autres bonnes âmes qui voient dans Vatican II et le NOM
une "continuité" naturelle dans la doctrine de l'Eglise. Mgr Rouet
a le
courage de le dire, lui.
Le rit traditionnel serait aussi du aux guerres de religion : «
il a fallu cette sorte de crispation anti-protestante pour que le sacrifice
devienne
l'arme de la mort. » Ben voyons ! à force de tuer du protestant,
les méchants catholiques auraient pris goût à la mort,
d'où la notion de sacrifice
de la messe de St Pie V...CQFD.
Enfin, troisième raison du succès de la messe de St Pie V
: le romantisme !!!!!!! Bien que le romantisme date du XIXème siècle,
il est aussi
responsable du rit romain qui a donné tant de saints à l'Eglise
et d'élus au Ciel : « Mais lui aimait souffrir, il a
magnifié d'autant plus la
souffrance qu'il y prenait son plaisir et y trouvait sa récompense.
Or, de ces traditions à courte vue, très typées dans
l'histoire de l'Eglise, il en
est résulté la notion d'un sacrifice mutilé, dégénéré
(...) en un mot à une sorte de masochisme. » Je rappelle que
Mgr Rouet parle de la SAINTE
MESSE codifiée en 1571, selon l'usage antique, célébrée
par des dizaines de papes, des centaines d'évêques et des
milliers de prêtres ! Mgr
Rouet est clair sur deux points :
- L'histoire de l'Eglise ne l'intéresse pas du concile de Trente
jusqu'à Vatican II. C'est en quelque sorte "les heures les plus
sombres de notre
histoire". Belle conception de l'Eglise !
- Il y a bien une rupture claire entre le rit traditionnel et le NOM, qui
serait un retour aux sources après une période de dégénérescence,
représenté par St Pie V jusqu'à Pie XII.
CACHEZ CETTE CROIX QUE JE NE SAURAIS VOIR !
Voici donc ce que l'évêque de Poitiers lisait en cachette
au séminaire : « Même s'il n'y avait pas eu le péché
originel, le Christ se serait incarné,
car ce que Dieu désire ce n'est pas simplement le pardon des offenses
mais l'alliance intime d'une humanité renouvelée entre Dieu
le Père,
Jésus son Fils uni aux hommes dans l'unique Esprit. » On pense
évidemment et immédiatement à St Paul : « je
ne suis pas venu prêcher parmi
vous autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié.
» Ou encore : « le Fils de l'Homme est venu racheter
et sauver ce qui était perdu. »
Les propos de Mgr Rouet s'inspirent donc d'un vague humanisme philantropique
en vogue dans l'Eglise depuis quelques années mais qui ne
correspondent en rien à la conception catholique de la mission salvifique
du Christ. C'est ainsi.
Mais alors comment expliquer la mort de Jésus ? Lisons Mgr Rouet
: « La mort de Jésus est essentiellement ce renoncement
à nos limites, ce
renoncement à nos petitesses pour qu'éclate dans une chrysalide
divine qui s'ouvrirait pour nous, l'humanité que Dieu désire.
» Bel effort
d'imagination de la part du prélat mais hélas ! on est dans
le n'importe quoi ! La mort de Jésus est le sacrifice parfait, saint,
pur et sans tâche
offert à Dieu pour nos fautes et péchés...Il a versé
son sang pour racheter chacune de nos âmes, au prix fort. Mgr Rouet
persiste : « Ce que le
Christ a en vue, ce n'est pas simplement un retour à ce que nous
étions avant le péché, ce qui se retrouve dans d'autres
mythologies (si, si ,
vous avez bien lu NDLA), mais la transfiguration profonde de notre humanité.
» Tout pour l'humanité, en quelque sorte, lui qui l'a seulement
revêtue pour nous arracher à la damnation et à notre
condition de pécheurs...
Haro sur le sacrifice, donc ! Il ne doit s'agir en aucun cas de parler
de la mort du Christ...et Mgr Rouet de citer Leroy-Larudie "Ils aiment
le
Christ, ils l'aiment saignant". Belle façon de moquer la théologie
traditionnelle de la messe ! Quelle outrance ! « dès
lors qu'on ne prononçait
pas des mots mortifères, excluants et sanguinolents, c'est comme
si on avait trahi la foi. » C'est effectivement ce que fait Mgr Rouet...Lisons
sa
conclusion : « Voilà comment le christianisme est parfois
devenu une religion qui encensait la mort. Celui qui célèbre
le sacrifice mortel est celui
qui a pouvoir sur les autres, sans se rendre compte malheureusement qu'il
ressemble plus à un prêtre païen. » Il y a des
siècles de chrétienté,
des générations de prêtres qui doivent hurler contre
l'évêque de Poitiers ! et le pauvre Saint Paul dans son épître
aux Corinthiens : " Toutes les
fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez
la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ".
UNE NOUVELLE COLLEGIALITE ?
L'autre aspect intéressant de cette homélie est l'idée
tout-à-fait originale de l'évêque de Poitiers sur le
sacerdoce ; pour lui, il n'y a de
sacerdoce que dans le presbyterium, c'est-à-dire l'ensemble des
prêtres d'un diocèse ou d'une congrégation, par exemple.
« Le mystère pascal
fonde l'Eglise comme Peuple de Dieu. Elle fonde le presbyterium. Jamais
le concile Vatican II ne dit "le" prêtre, toujours il dit "les" prêtres.
Car le
prêtre n'est pas une identité abstraite, homologable à
travers tous les pays du monde. (...). On est prêtre à la
proportion vraie où on accepte
d'être membre dans un presbyterium, où on est le serviteur
dans un peuple donné. Tout le reste est une spiritualité
désincarnée. » On ne
saurait mieux remettre en cause le caractère sacré de la
personne du prêtre, son onction sacrée, son POUVOIR de rendre
présent Jésus-Christ
sur l'autel en lui intimant de se rendre présent...Finalement, pour
Mgr Rouet, le sacerdoce correspond à une catégorie sociale
à étudier sur le
mode des experts socioprofessionnels..."Tout le reste est une spiritualité
désincarnée ". Non Monseigneur ! tout le reste est surnaturel
mais
cela, vous ne pouvez sans doute plus le comprendre !
Cette considération unique des prêtres n'existant que dans
le presbyterium fonctionne à rebours : pas d'assemblée,
pas de sacerdoce et donc pas de messe ! « Car c'est ensemble,
comme peuple sanctifié que nous célébrons
l'unique Eucharistie. » Etrange conception de la messe où
un prêtre privé de fidèles ne peut plus renouveler
le
sacrifice de Notre-Seigneur, et pour cause, puisqu'il n'y a plus de sacrifice
mais seulement une assemblée qui se
transfigure. Tout ceci n'a rien de commun avec la doctrine catholique !
Evidemment, la conception de l'Eglise
catholique est à la mesure de celle du sacerdoce : «
Il y a un unique peuple de Dieu. Non pas d'abord une pyramide
mais un peuple de frères. » Nous avons tous appris au catéchisme
que l'Eglise est une pyramide avec au sommet le
pape, puis les évêques, puis les prêtres et les fidèles...C'est
fini tout ça ! Mgr Rouet tient des propos proches de
ceux de Mgr Marchand, rapportés par le Dr Villette ; l'Eglise, ce
n'est plus vertical, c'est horizontal !
Naturellement, à la lecture de cette homélie ahurissante,
les débats sur le rit traditionnel semblent à des
années-lumière...Comment les évêques pourraient-ils
accepter des remarques sur la notion de sacrifice dans le NOM
puisqu'eux-mêmes nient ouvertement que la messe soient le renouvellement
de ce sacrifice. Je ne parle même pas
de la validité...Mais là c'est plus grave. Mgr Rouet déclare
pour finir : « Il a fallu le rétrécissement de
la crise
protestante pour que la validité prenne une telle place alors que
célébrer un sacrement c'est montrer que ce
peuple-là est transfiguré par la présence de son Seigneur
et le service de son Evangile. » Plus de matière, ni de
formes, ni d'intention de l'Eglise ! Tout cela est vain puisque ce qui
compte dorénavant, c'est que le peuple soit
présent et qu'il sente la présence du Seigneur ! Que reste-t-il
de la théologie catholique de la messe ? Rien.
Quel dialogue établir avec de tels pasteurs ? Aucun, nous ne parlons
même plus de la même chose. C'est désolant.
Pour conclure, je voudrais souligner que cette homélie a été
certainement prononcée lors d'une messe chrismale, puisque, à
de nombreuses
reprises, Mgr Rouet s'adresse à ses prêtres assemblés
autour de lui. Pauvres prêtres du diocèse de Poitiers affublés
d'un tel pasteur ! Ils sont
les premières victimes de cet enseignement anti-traditionnel et
anti-catholique de la messe...Il est urgent de prier pour les prêtres
afin que dans
les diocèses, ces péroraisons fumeuses et néo-protestantes
ne passent pas ! Il y va du dialogue futur que les évêques,
nous venons de le
montrer, sont incapables de mener tant ils détestent l'Eglise d'avant
Vatican II, son catéchisme, sa théologie, son Histoire...
Justin Petipeu
(1) Ci-dessous de larges
extraits de l'HOMELIE DE MGR ROUET, EVEQUE DE POITIERS
« En remettant en honneur très vigoureusement la notion centrale
du mystère pascal, le Concile
Vatican Il nous ramène avec générosité
aux enseignements les plus constants, les plus clairs et les
plus forts des pères de l'Église. Le Concile, pratiquement
dans tous ses textes, parle du mystère
pascal comme étant au coeur même de la vie chrétienne.
[...] Par là, notre Église revient à sa
source, retrouve ce qui a été sa richesse la plus splendide
pendant sa fondation apostolique,
pendant l'établissement des premières réflexions théologiques
qui sont la base, encore actuelle, de
toute réflexion vraiment fructueuse, dans le peuple de Dieu.
La tradition ne s'arrête pas aux
décennies qui nous ont précédés, ni même
à l'époque de la Réforme. La véritable tradition
est cet
esprit et cette source qui remontent par les apôtres au Christ
lui?même, la source glissant toujours
au?delà de ce que nos mains peuvent en saisir. En parlant
du mystère pascal comme étant
l'expression la plus juste de notre foi, que veut dire exactement le concile
Vatican Il ? [...] « Ceux
que le Christ a justifiés, il ne les a pas simplement ajustés
à son pardon, mais il les a également
glorifiés ». Ce que le Christ a en vue ce n'est pas
simplement un retour à ce que nous étions [avant
le péché], ce qui serait parfois bien lassant avouons?le,
et qui se retrouve dans d'autres
mythologies. Ce que le Christ a en vue est la transfiguration profonde
de notre humanité.
Transfiguration de ce monde, car « la création, comme dit
Paul aux Romains, gémit dans l'attente
de sa véritable naissance ». Nous sommes une terre en
gésine, nous sommes une terre en train
d'accoucher d'un monde que Dieu appelle de tous ses voeux. Mais également
transfiguration pour
nous?mêmes [...] Le mystère pascal a pour objet de nous
transfigurer à l'image du Fils ; d'être
changé de jour en jour, grâce à l'action de l'Esprit
Saint en une image de plus en plus fidèle au Fils
unique de Dieu, Jésus?Christ, notre Seigneur. Or, on
ne peut obtenir cette grâce de la
transfiguration que si nous acceptons de mourir à nous?mêmes,
que si nous acceptons de nous
laisser totalement saisir par le Christ. Rappelez?vous, frères prêtres,
ce moment où vous étiez, pour
la prostration, abandonnés comme au tombeau à la volonté
de Dieu, ne cherchant plus ce qui vous
plaît mais prêts à entendre la voix pour tout
appel, même parfois stupéfiant où la mission nous
entraînera. [...] La mort de Jésus est essentiellement ce
renoncement à nos limites, ce renoncement
à nos petitesses pour qu'éclate dans une chrysalide divine
qui s'ouvrirait pour nous, l'humanité que
Dieu désire. Rappelez?vous cette position qui a eu cours,
en plein Moyen Âge et que l'on apprenait
en cachette, à l'époque de nos études: même
s'il n'y avait pas eu le péché originel, le Christ se
serait incarné, car ce que Dieu désire ce n'est pas simplement
le pardon des offenses mais c'est
beaucoup plus, l'alliance intime d'une humanité renouvelée
entre Dieu le Père, Jésus son Fils uni
aux hommes dans l'unique Esprit. C'est l'alliance qui est le but du mystère
pascal. [...] Il est clair
que cette conception est le cœur de la vie chrétienne, que
vous mettez en oeuvre chaque fois que
vous baptisez, que vous célébrez dans l'Eucharistie
[...] C'est le moment d'unir ces trois grandes
intuitions de Vatican II dont on voit maintenant combien elles sont lumineuses.
C'est parce qu'il y a
un mystère pascal qu'il y a un peuple de Dieu. [...] S'il y a un
mystère pascal, il y a un unique peuple
de Dieu. Non pas d'abord une pyramide mais un peuple de frères
[...] Le mystère pascal fonde
l'Église comme peuple de Dieu. Elle fonde le presbytérium.
Jamais le Concile Vatican II ne dit « le
» prêtre, toujours il dit « les » prêtres.
Car le prêtre n'est pas une identité abstraite, homologable
à
travers tous les pays du monde. Il appartient à un presbytérium
concret avec son histoire. On est
prêtre à la proportion vraie où on accepte d'être
membre d'un presbytérium, où on consent à cette
histoire, où on en est le serviteur dans un peuple donné.
Tout le reste est une spiritualité
désincarnée. C'est ce que nous célébrons
dans l'Eucharistie. L'Eucharistie que nous célébrons
ensemble. Rappelez?vous Jean Chrysostome disant à ses fidèles
déjà en retard : u Je ne peux pas
célébrer sans vous, je ne peux pas commencer sans vous, je
ne célèbre pas sans mon peuple». Car
c'est ensemble, comme peuple sanctifié que nous célébrons
l'unique Eucharistie. Ce serait une
réduction, une dégénérescence que d'en rester
à ce que trois époques, plutôt sombres pour la
théologie, ont dit du sacrifice. Il a fallu l'arrivée
tardive dans l'histoire, mais cruelle pour nos pays,
de trois épidémies de peste aux XIV` et XVe siècles,
en particulier la « grande peste noire », à
l'issue de laquelle un certain nombre de nos pays avaient perdu la
moitié de leur population, pour
que le sacrifice ne soit plus ce qu'Augustin appelait : u l'hommage, l'offrande
spirituelle d'une
liberté à son Dieu », mais que d'un seul coup
le sacrifice ne devienne que la mort. La mort !
Comme si Dieu aimait la mort ! Il a fallu cette sorte de crispation
anti?protestante pour que le
sacrifice devienne l'arme de combat : dès lors qu'on ne prononçait
pas des mots mortifères,
excluants et sanguinolents, c'est comme si on avait trahi la foi. Pardonnez?moi
ce mot cruel que
vous trouverez dans Emmanuel Leroy?Ladurie, « Montaillou, village
Occitan », village qui va
tomber tout entier dans l'hérésie cathare : a Ils aiment
le Christ, ils l'aiment saignant ». C'est atroce
! N'empêche que c'est cette dévotion?là qui
a été assimilée, en un temps d'horreur et de mort,
cela
se comprend, quand la moitié d'une population meurt de peste,
comprenons qu'il n'y a que dans la
mort qu'on peut trouver un sens. La crispation anti?protestante était
aussi liée à des couvres de
mort. Nous nous sommes entre?tués ! I1 y a un rapport entre une
théologie sacrificielle et prendre
les armes. La troisième époque, si noire pour la réflexion
chrétienne, est le romantisme et sa
douleur a Mais lui aimait souffrir, il a magnifié d'autant
plus la souffrance qu'il y prenait son plaisir
et 1° trouvait sa récompense ». Or de ces traditions à
courte vue, très typées dans l'histoire de
l'Église, il en est résulté la notion d'un sacrifice
mutilé, dégénéré, contre laquelle le
Concile s'est
élevé bien sûr, c'est celle d'un sacrifice lié
au manque, à la privation, à la blessure, en un mot à
une
sorte de masochisme. Réfléchissons deux secondes :
si nous ne gardons dans l'eucharistie, comme
coeur de l'eucharistie, non plus le mystère pascal, mais seulement
l'idée du sacrifice du Christ alors
il n'y a plus que deux solutions ? D'un côté cette mort
ignominieuse, celle des esclaves, de Jésus en
croix, vous allez l'oublier, comme très probablement
(n'en déplaise à un texte apocryphe), Pilate a
dû complètement oublier qu'un jour il avait abandonné
au Sanhédrin un petit agitateur Galiléen... ?
Ou bien, d'un autre côté, cette mort qui est le signe de toutes
nos morts, vous devez la répéter, la
redire, la magnifier. Voilà comment le christianisme
est parfois devenu une religion qui encensait
la mort. Par conséquent, il faut sans arrêt pouvoir la
redire et la célébrer. Celui qui célèbre le
sacrifice mortel est celui qui a pouvoir sur les autres, sans se rendre
compte malheureusement qu'il
ressemble plus à un prêtre païen qu'à celui
dont parle l'épître aux Hébreux : ce Christ faisant
arrêter les sacrifices multiples en une fois par une unique
offrande, a mis fin à toutes les répétitions
qui sont toujours liées à des affirmations de
pouvoir et à des dégénérescences de la pensée.
[...]
C'est important de se redire cela à un moment où on est en
train de se perdre en dehors de
l'essentiel. Ne croyez pas qu'il s'agit là d'un supplément
de théologie accidentelle, il y va du coeur
de la foi [...] Très particulièrement de ce point que
Vatican Il lui?même a remis en honneur, la
sacramentalité de l'Église. Certes, avec prudence Vatican
II dit qu'elle est " comme un sacrement ".
Oui! Mais si l'Église n'était pas le corps actif, il n'y
aurait pas d'autres sacrements ! Nous ne
pouvons pas célébrer l'eucharistie si l'Église n'est
pas rassemblée ; nous ne pouvons pas baptiser (ce
sera un point important pour notre diocèse), si la communauté
n'est pas présente ; nous ne pouvons
pas donner le sacrement de mariage si l'Église n'est pas là
pour l'accueillir [...] II a fallu le
rétrécissement de la crise protestante pour que la validité
prenne une telle place alors que célébrer
un sacrement c'est montrer que ce peuple?là est transfiguré
par la présence de son Seigneur et le
service de son Évangile [...] L'homme est fait pour la générosité,
pour l'espace et la liberté. Si nous
avons, nous, comme signe sacramentel de notre présence au
milieu des hommes, un seul signe à
donner, c'est de mettre au large les hommes et les femmes que
nous rencontrons pour qu'ils ne se
rétrécissent pas dans des combats inutiles, dans des crispations
stériles, dans des impasses et des
recherches de vent ».