LES DOCUMENTS DU FORUM CATHOLIQUE - JUILLET 2004 - NUMERO 30
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La Paresse
Texte publié avec l'aimable autorisation de Monsieur l'Abbé Hugues de MONTJOYE, auteur de ces lignes.
 
" Le paresseux dit : il y a un lion dehors ! "         (Proverbes 22,13)

La paresse, qui figure parmi les sept " péchés capitaux " (rappelons au passage
que ceux-ci désignent non pas les péchés les plus graves, mais des péchés qui,
s'ils deviennent une habitude -qu'on appelle alors un vice- sont cause de
nombreux autres péchés. On ne pourra lutter efficacement contre ces derniers
que si l'on arrache la racine cachée et véritable qu'est le vice en question) est
trop souvent méconnue ou considérée comme bénigne. On la cantonne à ce que
nos examens de conscience en disent : " J'ai été paresseux au lever, ou dans mon
travail. " Mais suffit-il de se lever à l'heure et de travailler raisonnablement pour
ne pas être paresseux ? Ne disons-nous pas facilement, comme le paresseux du
livre des Proverbes : " Il y a un lion dehors ; dans la rue je vais être tué ! " ? Plus
peut-être que les autres vices, la paresse se pare volontiers du masque de la
vertu : " Il faut être raisonnable ! " Certes les vertus morales se tiennent entre
deux extrêmes, le trop et le trop peu, l'excès et le défaut, dont le milieu est réglé
par la raison, et il n'est pas toujours simple de déterminer où se situe cet
équilibre. Ceci excuse - heureusement - en partie certaines de nos paresses.
Mais demandons-nous vraiment au Saint Esprit de nous éclairer de ses lumières
avant chacune de nos décisions, pour " connaître et aimer ce qui est bien " ? Ne
le congédions-nous pas discrètement lorsque nous pressentons qu'il nous
demanderait un acte de courage dont nous ne nous sentons pas la force ?

Si la paresse peut être considérée comme un vice particulier, en revanche, elle
n'a pas d'objet propre, puisque ses objets sont aussi divers que les domaines
dans lesquels elle sévit. Elle peut être physique, intellectuelle, morale et même
religieuse. Il y a la paresse de l'enfant qui ne veut pas ranger sa chambre, celle de
l'écolier qui ne veut pas apprendre ses leçons ou faire ses devoirs, celle de la
mère de famille qui ne veut pas tenir la maison et s'occuper de ses enfants ou de
son mari, celle du père qui fait son travail avec nonchalance et qui ne tient pas sa
place non plus auprès de son épouse et de ses enfants -il est tellement plus
reposant de laisser faire quand il faudrait intervenir avec autorité !-, celle du
prêtre qui néglige la prière ou l'étude, ou qui est fatigué de courir après les brebis
perdues… Elle peut s'infiltrer partout. Elle connaît bien sûr aussi des degrés
divers de gravité. Elle peut nous détourner d'un devoir ou nous le faire mal faire.
Elle peut nous arrêter en chemin. Combien de bonnes résolutions, raisonnables,
abandonnées par paresse ! Elle peut nous faire oublier que nous avons un devoir
de tendre à la perfection. Ce n'est pas un conseil laissé à notre libre appréciation,
comme le sont les conseils évangéliques de pauvreté, chasteté, obéissance.
Ceux-ci sont des moyens privilégiés de tendre plus sûrement et plus rapidement à
cette perfection. Si ces moyens ne sont pas nécessaires à tous, le but fixé est le
même pour tous : " Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait ! " De son
côté, la paresse nous dit : " Fais le minimum, cela suffit ! " Les voix sont
discordantes. " Je vais à la messe tous les dimanches, je prie tous les jours matin
et soir, je me confesse tous les ans, je n'ai pas tué et je n'ai pas volé ". Ah ! le
beau portrait de chrétien ! Voilà un idéal élevé susceptible d'entraîner les foules.
Je n'entends pas, bien sûr, dénigrer les mérites de ceux qui arrivent à ce niveau
avec peine en se faisant violence, mais l'attitude de ceux qui, justement, ne
veulent pas se faire violence et choisissent une certaine médiocrité. Par paresse.
La voilà qui règne en maître peut-être sans se dévoiler. Elle fixe les objectifs et
les moyens. C'est ce qu'on appelle la pusillanimité, la petitesse d'âme. Une âme
rabougrie, fatiguée, sans joie et sans espérance. Chacun sait que la jeunesse est
le temps de l'aventure, des rêves et des exploits. Et notre foi n'est-elle pas
toujours jeune ? " Renovabitur, ut aquilae, juventus tua 1" (Ps 103,5) Si elle est
vivante, si elle est seulement vive, elle nous empêche d'être statiques, stagnants,
elle nous remue, elle nous pousse, elle nous élève, elle nous fait monter vers
Dieu, " ad Deum qui laetificat juventutem meam 2" comme nous le disons au
commencement de chaque messe. Avec le Christ la jeunesse éternelle !
" Quomodo vespera ubi Christus ? 3" disait saint Irénée. Et en latin, c'est
tellement beau ! Alors " sursum corda ! " Que le temps de l'Avent soit un temps de
généreux efforts. Ce n'est pas l'ascèse du carême, mais nous devons en ce saint
temps renouveler notre ferveur, notre courage, notre jeunesse d'âme. Luttons
contre la paresse qui nous menace tous. Examinons tous les recoins de notre âme
pour voir où elle peut se cacher. Débusquons-la et menons lui une guerre sans
merci et sans trêve. Soyons honnêtes avec nous-mêmes : nous avons besoin de
repos, de délassement, de loisirs, mais que ce repos voulu par Dieu ne serve pas
de prétexte à la paresse. Luttons avec les armes naturelles et surnaturelles, à
commencer par la confession et la communion. -au passage, quelle tristesse de
voir si peu de monde à la messe en semaine ! chacun fait-il les efforts nécessaires
pour rendre cette messe possible au moins de temps en temps ?- Reconnaissons
humblement nos faiblesses devant Dieu pour recevoir de Lui le pardon et le
remède. Que notre attente de l'Emmanuel ne soit pas passive et oisive, mais
pleine d'une sainte et joyeuse ardeur. Dans la persévérance. " Ce qui sauve, c'est
de faire un pas. Encore un pas. C'est toujours le même pas que l'on
recommence. " (Antoine de Saint-Exupéry, parlant de l'exploit de Guillaumet dans
Terre des Hommes ) Prière, recueillement, maîtrise de soi. Que la Vierge Marie,
Saint Jean-Baptiste et le prophète Isaïe nous accompagnent sur ce chemin.

1 " Ta jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle "

2 " Vers Dieu qui réjouit ma jeunesse "

3 " Comment y aurait-il un soir là où est le Christ ? "

 Abbé Hugues de MONTJOYE
Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre