LES DOCUMENTS DU FORUM CATHOLIQUE - JUIN 2003 - NUMERO 5
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Fête de la chaire de saint Pierre ( 22 février )
               En ce jour, l’Eglise célèbre la Chaire du bienheureux Apôtre Pierre. On distinguait en
               fait, jusqu’à la réforme du Pape Jean XXIII, deux fêtes liturgiques : le 18 janvier, la
               chaire de saint Pierre à Rome et le 22 février, la chaire de saint Pierre à Antioche. La
               première a été supprimée, ou plutôt adjointe à la seconde, retrouvant en cela la
               pratique ancienne de la seule fête du 22 février. Nous savons en effet, qu’au
               Moyen-Age à Rome les deux fêtes n’étaient pas distinctes. Certains auteurs
               soutiennent même qu’en réalité elles regardaient toute deux la Ville Eternelle : celle du
               18 janvier se rapportant à la chaire du cimetière d’Ostie, où saint Pierre eut ses
               premiers néophytes ; celle du 22 février concernant la chaire vaticane. Il est en tout cas
               certain que la coutume de célébrer la chaire du Prince des Apôtres à Rome est de la
               plus haute antiquité. Les plus anciens sacramentaires, le gélasien et le grégorien pour
               citer les plus fameux, attestent en ce jour de l’existence d’une fête appelée "Natale Petri
               de cathedra", fête qui s’est maintenue à Rome, à l’exclusion de celle du 18 janvier,
               jusqu’au XVIè siècle.

               La fête du 18 janvier semble être d’origine gallicane. Les Eglises de Gaule avaient
               bien reçu de Rome le Natale Petri de cathedra, mais elles voyaient un inconvénient d’en
               faire la célébration durant le carême. Aussi en avancèrent-elles la date au 18 janvier.
               La fête de février fut bien conservée en Gaule, mais on lui attribua la chaire d’Antioche,
               ce qui explique l’origine commune des deux fêtes. Il est d’ailleurs à noter que dans le
               missel ces deux fêtes ont la même messe.

               Rome adopta plus tardivement l’usage gallican. En 1557, le Pape Paul V mit en effet la
               Ville en possession de la Chaire de saint Pierre à Rome, précisément au jour du 18
               janvier. Chaque année ensuite, à cette même date, la chaire était portée en procession
               par des prélats, ce jusqu’à Alexandre VII qui la fit mettre dans une splendide chasse
               sise au fond de l’abside de la basilique vaticane.

               "Fêter cette chaire, nous dit Dom Lefebvre, c’est vénérer, en la personne du Vicaire du
               Christ sur la terre, la lignée continue des successeurs du Pasteur suprême auquel le Maître
               a confié ses brebis et ses agneaux, du chef auquel Il a demandé d’affermir ses frères, les
               autres apôtres ; c’est proclamer solennellement la primauté romaine." Si le siège de
               l’évêque fut toujours – et devrait toujours être – objet de la vénération des fidèles, il est
               juste et louable que celui du premier des évêques, premier en dignité comme en
               hiérarchie, le soit alors d’une façon plus éminente. Honorer la chaire de Pierre, c’est
               honorer celui-là même qui a le privilège et la charge de pouvoir s’y asseoir. C’est donc
               honorer, au delà du ministre, Celui que ce dernier représente. La vénération de ce qui
               ne semble être qu’une pièce d’un mobilier liturgique nous renvoie donc en vérité au
               culte suprême de latrie, dans l’humble adoration de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
               véritable et unique Pasteur. "Saint Cyprien, le saint évêque de Carthage, nous rapporte
               Dom Guéranger, parle avec emphase de la chaire de l’évêque, siège inaliénable établi dans
               chaque église, au centre de l’abside et sur laquelle l’élu du Saint Esprit pouvait seul
               s’asseoir. On a trouvé de ces chaires au fond même des catacombes ; on y a gardé,
               jusqu’à nos jours, celle sur laquelle fut massacré le Pape saint Etienne, et qui portait encore
               les traces de son sang. La Basilique de Saint Pierre conserve encore aujourd’hui la chaire
               du Prince des Apôtres."

               Qu'en est-il, maintenant, de la chaire de saint Pierre à Antioche ? Que l'Apôtre soit
               passé et ait demeuré quelques temps dans la capitale de la Syrie, cela ne fait aucun
               doute. Cela a toujours été admis dans l'Eglise, et nous avons en outre le témoignage
               de saint Paul. Il est en revanche plus délicat, en ce qui concerne les faits qui sont à
               l'origine de l'institution de cette fête, de discerner la réalité de la légende. Jacques de
               Voragine affirme lui même, dans La Légende dorée, que certains actes attribués à saint
               Pierre lors de son passage à Antioche paraissent peu vraisemblables. Nous pouvons
               essayer de distinguer quatre faits, qui seraient fondateurs de la fête de la chaire
               d'Antioche.

               L'Apôtre Pierre prêchant la Foi au Christ aurait été mis en prison par le préfet
               Théophile. Saint Paul arrivant ensuite dans la ville se fait intercesseur de Pierre auprès
               du préfet qui lui rend alors sa liberté. Théophile et le peuple d'Antioche finissent par se
               convertir au Seigneur et construisent un lieu de culte au milieu duquel ils construisent
               une chaire pour Pierre. "Il y siégea pendant sept ans, dit Jacques de Voragine, avant de
               se rendre à Rome, où il siégea ensuite dans la chaire romaine pendant vingt-cinq ans".

               Le second récit semble être une variante du précédent. Alors que saint Pierre
               s'approche d'Antioche, les habitants viennent à lui en pénitents, car ils avaient donné
               foi à la doctrine de Simon le magicien. Heureux de cette conversion, l'Apôtre opère
               alors plusieurs guérisons et délivrances, au nom du Seigneur. Il s'ensuit de
               nombreuses conversions. Le préfet propose alors son palais comme église et y fait
               placer une chaire d'où saint Pierre peut être vu et entendu de tous.

               La troisième raison est un " baptême " d'une coutume païenne, devenue fête
               chrétienne. "C'était l'usage chez les païens, au mois de février, d'aller porter un repas sur la
               tombe des morts. Les païens croyaient que ces repas étaient mangés par les âmes de
               leurs parents défunts. Comme les premiers convertis au christianisme avaient peine à se
               départir de cette coutume, on résolut de substituer au banquet des morts, un banquet
               célébrée en l'honneur de saint Pierre."

               Enfin, la fête aurait pour objet également, de célébrer l'institution de la tonsure des
               prêtres. C'est à Antioche que l'on aurait rasé la tête de saint Pierre en signe d'infamie.
               "Et ce signe d'infamie fut ensuite adopté par tout le clergé en signe d'honneur."

               Quoi qu'il en soit des faits allégués, la fête de la chaire de saint Pierre se doit d'être
               pour nous une occasion de joie et d'action de grâce. Car cette chaire se veut être, de
               par la volonté divine, la chaire de vérité, un phare qui aujourd'hui encore éclaire le
               monde perdu dans les ténèbres de l'erreur et du mensonge. Pensons, au jour de la
               fête, à venir humblement nous prosterner en pensée devant cette chaire. Car celui qui
               écoute le disciple, écoute en vérité le Maître. C'est bien la doctrine du salut qui nous
               est offerte depuis cette cathèdre magistrale : sachons la recueillir !