Propos recueillis par Xavier ARNAUD
S'il est un sacrement qui semble aujourd'hui
tombé quelque peu dans l'oubli chez nombre de catholiques, c'est
bien la confession.
Pourtant, Monsieur l'abbé, pouvez-vous
nous en rappeler le sens et la nécessité ?
Il est “ tombé dans l’oubli ” par
suite de la perte du sens du péché, de la notion du Bien
et du Mal.
Pourtant, l e M a l e x i
s t e , S a t a n e x i s t e , ce n’est pas une abstraction c’est
une personne (Catéchisme de l’Eglise Catholique, C.E.C., n°2851,
le Delivrez-nous du Mal du Notre Père) qui nous pousse
à nous éloigner (péchés véniels) ou
à nous séparer de Dieu (péché mortel).
Enfin, “ Si nous disons : nous n’avons
pas de péché, nous nous abusons, la vérité
n’est pas en nous ” 1Jn 1,8.
C’est comme pour le corps : si nous laissons
la maladie sans la soigner, nous risquons d’être toujours malades
et de toujours en souffrir. Il nous faut consulter un médecin. Quelquefois
une opération chirurgicale est nécessaire pour extraire
le mal et être guéris. Pour l’âme, c’est pareil, et
le médecin de l’âme c’est le prêtre qui soulage,
guérit et sauve au nom et par le Christ, seul Sauveur (cf C.E.C.n°1441
et suiv.).
Le prêtre a, de ce fait, pouvoir
d’enlever, d’extraire, d’effacer le mal : “ Recevez l’Esprit-Saint,
ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront
remis ; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus
” (Jn 20,23 : le Christ aux apôtres, leur apparaissant le dimanche
de Pâques).
“ Retenus ” : si le pénitent
(celui qui se confesse) ne remplit pas les conditions pour être absout.
Nous en reparlerons.
Comment expliquez-vous cette désaffection
de la part des catholiques ? Les occasions de se confesser sont aujourd'hui
plus rares qu'auparavant. On entend moins les prêtres parler de ce
nécessaire recours à la confession.
Est-ce à dire, Monsieur l'abbé,
que la position de l'Eglise a évolué ?
Cette crise de la confession est une crise
qui affecte d’abord l’intelligence : on ne voit plus, on ne connaît
plus le péché, ce qui est péché et ce qui ne
l’est pas. On a trop voulu déculpabiliser. Or, il ne s’agit pas
de voir le péché où il n’est pas, mais de le voir
là où il est. En voulant alléger les consciences,
ne plus nommer le Mal, on a abandonné les âmes à l’emprise
du mal. C’est une “ non assistance à personne en danger ”. On se
fait “ complice du péché d’autrui ” (1 Tm 5,22).
Les prêtres ont aussi négligé
la prédication des fins dernières (la mort, le jugement,
le Ciel, le Purgatoire L’enfer ; cf C.E.C. 1020-1040). Le Pape JEAN-PAUL
II l’a regretté lui-même : “ il est certain que ces prédications
touchaient l’homme dans l’intimité de son cœur, tourmentaient sa
conscience, le mettaient à genoux, l’amenaient à la grille
du confessionnal… et contribuaient ainsi puissamment à son salut.
”
(“ Entrez dans l’Espérance ” Ed.
Mame/Plon 1994, p.266 + pp.272… et 273).
Seul le prêtre peut absoudre, donner
l’absolution. On a trop séparé le sacrement de l’Eucharistie
de la préparation de l’âme à recevoir saintement le
corps et le sang du Christ par le sacrement de Pénitence. Quand
on reçoit quelqu’un chez soi, le reçoit-on dans le désordre,
la poussière, la saleté ? Et plus celui qu’on reçoit
est important, plus on est soucieux de préparer la maison, de se
préparer soi-même de la meilleure et de la plus belle façon
qui soit !
Quand on veut vraiment, on peut toujours
trouver un prêtre pour se confesser. Dans les grandes villes des
églises ou des sanctuaires sont réservés pour ce ministère,
il y a aussi les monastères, les communautés sacerdotales
et religieuses. Ne se déplace-t-on pas pour consulter un médecin,
en prenant beaucoup de temps et en dépensant beaucoup
d’argent ? Et si on est bloqué
chez soi, on peut toujours demander à un prêtre de venir.
Il sera toujours heureux d’exercer son sacerdoce et de donner ce sacrement
de la guérison et du salut de l’âme…
L'absence de recours fréquent à ce sacrement fait que de nombreux catholiques ne savent pas ou plus ou obscurément en quoi consiste la confession. Comment doit-on s'y préparer ?
Il est indispensable de bien s’y préparer car c’est une démarche sérieuse et grave. La santé de l’âme est plus importante encore que la santé du corps. Il existe des textes pour se préparer à la confession. Il ne faut pas qu’ils soient trop vagues évitant de préciser les péchés et leur gravité. Sinon la confession porterait peu de fruits, malgré une démarche louable et toujours courageuse. On peut se procurer, par exemple, le livret Prières du chrétien (éd. Le laurier, 19 passage Jean Nicot, 75007 Paris, pages 16 à 21). Un examen de conscience par commandements est proposé avec ce qu’il faut faire et dire avant de commencer la confession des péchés, le texte de l’acte de contrition, une prière d’action de grâces, etc…
On a beaucoup discuté autour du fameux "secret de la confession". Pouvez-vous nous en rappeler la signification et l'étendue ? En quoi consiste-t-il et a-t-il des limites ?
Le secret de la confession est absolu,
il ne souffre pas d’exceptions. Il protège le pénitent (et
le confesseur) et lui donne confiance. Dans le cadre du sacrement de Pénitence,
il est seul avec Dieu en présence du prêtre qui Le représente
et agit en Son Nom (cf C.E.C. n°1467). Si le prêtre violait ce
secret, qui porte sur les péchés entendus et l’identité
du pécheur, il serait excommunié (Code de Droit Canon n°1388,1).
N’est pas couvert par le secret ce qui
est dit en dehors de la confession proprement dite (mais demeure le “ secret
naturel ” : la discrétion sur les choses graves que le prêtre
entend dans l’écoute ou l’échange avec le pénitent).
C’est pourquoi, il faut suivre le
rite prescrit par l’Eglise : il faut savoir quand la confession commence
(le confesseur, à la demande du pénitent, le bénit)
et quand elle finit (par le signe de la croix qui accompagne la formule
de l’absolution ou la bénédiction quand l’absolution
n’est pas donnée). Il faut, de ce fait, bien distinguer et séparer
la conversation confidentielle de l’acte de la confession. Rester
de par et d’autre d’une table de bureau n’aide pas à cette clarification.
Vous avez parlé des “ conditions à remplir pour être absout ”, quelles sont-elles ?
Les conditions sont au nombre de trois. Elles font partie intégrante du sacrement. Si l’une d’elles fait défaut, le sacrement peut être invalide, c’est-à-dire qu’il n’est pas reçu et que les péchés ne sont pas effacés.
1- La contrition (le regret sincère
de son ou de ses péchés) parfaite (par amour de Dieu)
ou, au moins, imparfaite (en voyant la laideur du péché
ou en ayant la crainte des peines encourues comme la damnation éternelle
: l’enfer).
Sur la route, “ la peur du gendarme ”
avec les peines encourues (forte amende, perte “ des points ”, retrait
du permis de conduire) est moins bien que de rester toujours fidèle
au code de la route et aux limitations de vitesse même “ s’il n’y
a pas de gendarmes en vue ”, mais si la peur suffit à épargner
sa vie et la vie d’autrui, le résultat est atteint !
2- La confession des péchés
(l’aveu). Il est obligatoire d’accuser tous les péchés mortels
avec leur nombre (au moins approximatif s’ils sont nombreux) et leur qualité
(il faut “ appeler un chat un chat ”). Il faut nommer le péché
par son nom et ne pas rester dans le vague, ce qui est une façon
habile de les excuser, de les dissimuler, même inconsciemment. Exemple
: “ les mauvaises pensées ”. S’agit-il de pensées de colère,
de vengeance…, ou de pensées contre la pureté : d’adultère,
de fornication, des péchés contre-nature, etc…
Rappelons-nous de la parole du Seigneur
: “ Eh bien, moi Je vous dis : quiconque regarde une femme pour la désirer
a déjà commis, en son cœur, l’adultère avec elle ”
(Mt 5,28).
Ni plus, ni moins. On n’a pas à
raconter les circonstances, donner des détails inutiles, “ raconter
sa vie ”, ce qui est souvent, là encore, une auto-justification.
Si on est trop vague ou trop confus, le
prêtre, qui doit juger d’après ce qui lui est dit, peut demander
des précisions, avec délicatesse mais clarté.
3- La satisfaction (le désir
de réparer le mal dont on s’accuse).
En matière de justice, c’est assez
facile : j’ai volé quelque chose, je le rendrai. J’ai peiné
ou offensé quelqu’un : je lui demanderai pardon. J’ai médit
: je dirai du bien de la personne dont j’ai dit du mal ; j’ai calomnié
: j’irai dire que je me suis trompé, etc…
Il ne faut pas oublier que si l’absolution
efface les péchés (les fautes), elle ne remet qu’en partie
“ la peine ” car tout péché produit un désordre, en
soi et dans la société (familiale, civile, ecclésiale).
“ Les peines ” sont effacées par le pénitence, la prière,
les actes de charité envers Dieu et notre prochain, et aussi par
“ les indulgences ” dont on a beaucoup parlé lors du Jubilé
de l’An 2000. Le Catéchisme a un excellent chapitre sur le sujet
(C.E.C. n° 1471 à 1479).
“ La pénitence ” imposée
par le confesseur (à ne pas confondre ou à réduire
à “ l’action de grâces ”) - et qui est presque symbolique
dans la pratique contemporaine-
nous permet, en l’accomplissant
avec soin, de manifester auprès de Dieu, après la confession,
qu’on a bien l’intention de réparer du mieux possible les péchés
commis et de ne plus les recommencer, avec le secours de Sa grâce.
Une fois ses péchés confessés, un catholique peut-il considérer ses péchés comme pardonnés ? Pardonnez-moi ce résumé un peu simpliste, mais sont-ils "effacés" ?
Non, ce n’est pas du tout simpliste. Quand
on “ sort du confessionnal ” (qui garantit l’anonymat) ou du lieu de la
confession, on a recouvré la grâce baptismale (la vie divine,
“ l’état de grâce ”) si on l’avait perdue par le péché
mortel ; et si ce n’était pas le cas, on s’est lavé des salissures
(les péchés véniels).
On est alors vraiment réconcilié
avec Dieu, c’est pour cela que ce sacrement s’appelle Sacrement de Pénitence
et de Réconciliation dans le Catéchisme romain
actuel (1992/97)
C’est chaque fois une mort (au péché)
et une résurrection.
C’est le sang du Christ versé dans
sa Passion (d’où découle l’efficacité des sept
sacrements de la Nlle Alliance) qui nous purifie, nous lave de nos péchés
(1Jn1,7-9).
C’est la guérison de la lèpre
de nos âmes (cf Mt 8,2).
Nous pouvons nous rappeler des paroles
de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus :
Quand bien même j’aurais sur la
conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais,
le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus,
car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à
Lui !
(à Mère Marie de Gonzague,
sa prieure, en 1897, l’année de sa mort).
Et celles d’Isaïe :
Quand vos péchés seraient
comme l’écarlate, comme neige ils blanchiront ; quand ils seraient
rouges comme la pourpre, comme laine ils deviendront.
(1,18).
Qu'advient-il des péchés dont on aurait involontairement omis de parler en confession ?
Si c’est involontaire, les péchés
oubliés sont pardonnés et effacés avec les autres,
par la contrition et l’intention droite qu’on avait de les confesser si
on s’en était souvenu. Si on a sur la conscience des péchés
graves, on a le devoir de bien préparer sa confession car la négligence
à le faire, l’à-peu-près, pourrait indiquer que la
contrition n’était pas suffisante, ni le désir de ne
plus recommencer et de faire pénitence comme nous le fait
dire l’acte de contrition.
Si on est scrupuleux , le confesseur donnera
des conseils précis à ce sujet.
Il est très conseillé, même
pour les péchés véniels, de préparer sa confession
par écrit.
Cela évite beaucoup de défauts
: oublis, discours ou digressions inutiles, imprécisions…
Que penser des absolutions collectives ? Ont-elles une quelconque valeur ?
Les absolutions collectives ont été
très largement et illégalement dispensées et ont contribué
à “ tuer les confessions personnelles ”.
Pour qu’une absolution collective soit
valide, il faut… “ que la bateau coule ” (danger immédiat de mort,
temps insuffisant pour que le ou les prêtres présents puissent
entendre les confessions de chacun des pénitents ” (Code de Droit
Canon n°961,1).
“ L’afflux de pénitents lors d’une
grande fête ou d’un grand pèlerinage ne constituent pas des
cas de nécessité ” précise l’Eglise (§2) et les
Evêques ne peuvent pas en disposer autrement (cf Jean-Paul II, exhortation
apostolique “ Reconciliatio et poenitentia ”, 1984, n°33).
C’est tromper les fidèles (qui
trouvent bien commode de l’être et montrent ainsi une conscience
bien peu éclairée !) que de leur laisser croire que leurs
péchés sont ainsi effacés par une simple signe de
la croix qui est, en réalité, une simple bénédiction.
Bien-sûr, il s’agit ici de péchés
graves, les péchés véniels, en soi, ne sont pas une
“ matière obligatoire ”, même si leur accusation régulière
en confession est vivement recommandée pour qu’ils ne deviennent
pas “ une seconde nature ” (comme la paresse, l’impatience, la gourmandise,
la sensualité, etc…) et pour faire réellement des progrès
sur le chemin de la sainteté, surtout dans une société
aussi immorale et matérialiste que la nôtre, en Occident
et ailleurs !
La pratique actuelle de “ célébrations
pénitentielles ” (où l’on se prépare ensemble) avec
confessions individuelles avec le concours de nombreux prêtres,
dans une atmosphère de Foi et de piété est tout autre.
C’est une excellente formule. Avant Noêl ou Pâques par exemple.
Une dernière question, Monsieur l'abbé : pour bien faire, à quel rythme tout catholique devrait-il recourir au sacrement de la confession ?
Il ne faut pas dépasser le mois,
au début, quand on commence à prendre le soin de son âme
et de ses relations avec Dieu au sérieux. Sinon, comment se souvenir
de ce qu’on a fait après plusieurs mois ? Moins on se confesse,
plus c’est difficile, et on n’a rien à dire ; plus on se confesse
et plus c’est facile.
Ne fait-on pas sa toilette tous les jours
(cf l’examen de conscience du soir), la vérification de ses comptes
(chaque semaine par exemple) ? Ne fait-on pas vidanger ou contrôler
sa voiture régulièrement ? Même si c’est un véhicule
des plus récents et des plus perfectionnés, si vous négligez
l’entretien, vous risquez la panne ou de graves dommages. Si c’est la direction
ou les freins, c’est l’accident qui vous guette, peut-être mortel,
pour vous et pour les autres !
Le mieux est de trouver “ un confesseur
ordinaire ” auprès duquel on se confesse régulièrement,
qui nous connaît, qui pourra nous aider à lutter contre le
péché, à progresser, à entrer dans la vie d’union
à Dieu, qui développera en nous la vie de la grâce,
qui est déjà la vie éternelle. C’est avec lui qu’on
déterminera le rythme des confessions.
Enfin, une retraite spirituelle
annuelle, “ fondamentale ” (en revoyant les bases de la Foi et de la grâce)
et “ fermée ” (dans un même lieu, loin du monde et, surtout,
en silence) d’au moins cinq jours, nous permettra de faire la conversion
nécessaire. Les Exercices spirituels de Saint Ignace de Loyola,
donnés fidèlement, sont une bonne entrée en matière
et un bon début (à renouveler).
“ Courage ” et “ confiance ” ! “ J’ai vaincu
le monde ! ” (S. Jean 16,33).